La Confédération paysanne « Kanaky–Nouvelle-Calédonie » lance une campagne pour défendre les marchés de bord de route. Derrière ces étals, le syndicat met en avant des familles qui vivent de la vente directe de poissons, fruits, légumes, fleurs ou produits artisanaux.
« Interdire nos ventes, c’est interdire nos familles », affirme la CPKNC, avant de revendiquer : « La route est à nous ». Une formule choc pour rappeler que tous les petits producteurs ne disposent pas d’une place sur un marché communal ni des volumes nécessaires pour fournir les commerces. La vente au bord de la route leur permet d’écouler directement leur production et d’en tirer un revenu.
Mais la route appartient aussi à ceux qui respectent les règles. En février dernier, la Fédération des pêcheurs professionnels de la province Sud dénonçait la multiplication des ventes illégales de poissons, au bord des routes comme sur les réseaux sociaux. Une concurrence difficile à supporter pour une filière déjà fragilisée par la crise.
Tout dépend donc de ce que l’on appelle un « petit marché ». Entre une famille qui vend ponctuellement le surplus de son champ ou de sa pêche et une véritable activité commerciale échappant aux déclarations, aux charges et aux contrôles sanitaires, la frontière peut vite devenir floue.
Les professionnels déclarés doivent payer leurs cotisations, assurer la traçabilité des produits et investir pour respecter les normes. Ils comprennent la nécessité de la débrouille, mais refusent d’en supporter seuls le coût.
Comment préserver ces revenus de proximité sans laisser prospérer une économie parallèle ?
Le problème dépasse largement les étals. Plats et pâtisseries préparés à domicile, coiffure, onglerie, petits travaux ou « taxis 1000 » : le travail clandestin touche désormais de nombreuses activités. Il permet à certains de joindre les deux bouts, mais fragilise les professionnels installés et peut aussi exposer les consommateurs.
Dans une Calédonie en crise, la débrouille est devenue vitale pour beaucoup. Reste à trouver l’équilibre : permettre aux petites activités d’exister sans laisser les professionnels déclarés payer seuls toutes les charges. « La route est à nous », peut-être. Mais les règles, elles, doivent rester les mêmes pour tous.

