Après l’effondrement de 2024, l’économie calédonienne a légèrement relevé la tête en 2025. Mais derrière la hausse de 0,7 % du PIB, les nouveaux comptes économiques rapides du CEROM, publiés par l’Isee, l’IEOM et l’AFD, décrivent surtout un territoire durablement affaibli : emplois supprimés, consommation atone, investissements en chute libre et nickel toujours en difficulté.

En 2024, le PIB avait plongé de 13,5 %, un recul historique. Le petit rebond enregistré en 2025 ne permet donc pas de parler de véritable reprise. D’autant qu’en valeur, la richesse produite diminue encore.

En deux ans, la Nouvelle-Calédonie a perdu 13 200 emplois salariés. Les effectifs se stabilisent désormais à un niveau inférieur à celui de 2008.

Le privé concentre l’essentiel de la casse. La construction et l’industrie sont les secteurs les plus touchés, mais le commerce et les services perdent également des effectifs. Le secteur public recule lui aussi, principalement en raison de la baisse du nombre de contractuels.

Autre signal inquiétant : le territoire compte 15 % d’employeurs privés en moins qu’il y a deux ans. Les licenciements ralentissent, mais les embauches restent rares.

Les ménages toujours sous pression

Après avoir chuté de 7,2 % en 2024, la consommation des ménages stagne en 2025. La baisse de la population, la fragilité de l’emploi et l’extinction progressive des aides exceptionnelles continuent de peser sur les dépenses.

L’inflation moyenne est limitée à 1 %, mais elle touche surtout les produits essentiels : alimentation, logement, gaz et électricité. Pour les foyers les plus modestes, elle approche les 2 %, soit deux fois la moyenne.

L’investissement continue de décrocher

Le constat est encore plus sombre du côté de l’investissement. Il recule de 12,5 %, après avoir déjà chuté de 24,3 % en 2024, et diminue désormais pour la troisième année consécutive.

Les achats immobiliers progressent légèrement par rapport au point bas de 2024, mais restent très loin de leur niveau de 2023. Dans le neuf, l’effondrement des ventes se poursuit. Les crédits accordés par les banques reculent également, sur fond d’incertitudes économiques, politiques et institutionnelles.

Le commerce extérieur donne l’illusion d’une amélioration. Le déficit commercial se réduit, mais essentiellement parce que les importations chutent de 11 %. Les achats de biens d’équipement et de véhicules plongent particulièrement, nouveau signe du gel des projets.

Le nickel repart, mais rapporte moins

La reprise progressive de Prony Resources a permis de relancer une partie de la production et des exportations. Elle ne suffit toutefois pas à compenser l’arrêt de KNS, les difficultés persistantes de la SLN et la fermeture de plusieurs sites miniers.

Avec des cours toujours bas et des coûts de production élevés, la filière nickel ne représente plus que 3,4 % de la richesse créée sur le territoire, un niveau proche de son point bas de 2015.

Le tourisme reste lui aussi très loin de ses niveaux d’avant-crise. La Nouvelle-Calédonie n’a accueilli que 58 400 visiteurs en 2025, soit deux fois moins qu’en 2023.

Au final, le territoire n’a pas réellement renoué avec la croissance. Il a surtout cessé de chuter aussi brutalement. Pour le CEROM, le retour de la confiance sera indispensable à toute reprise durable. Mais entre l’incertitude institutionnelle, l’investissement en berne et un marché du travail exsangue, le chemin est encore long.