Étudier une grotte sans multiplier les visites, garder une trace précise de ses peintures ou documenter les vestiges du bagne : c’est l’objectif d’une mission scientifique récemment menée en Nouvelle-Calédonie. De Lifou à l’île des Pins, en passant par Dumbéa, les outils numériques doivent aider à mieux connaître et préserver le patrimoine.

Coordonnée par la Mission aux affaires culturelles du haut-commissariat, cette opération a réuni des spécialistes du ministère de la Culture, du CNRS et du Musée d’Archéologie nationale, ainsi que des chercheurs de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Les collectivités, les tribus et les autorités coutumières concernées ont été associées aux travaux.

À Lifou, la mission s’est d’abord intéressée à la grotte ornée de Fetra Hé. Explorée par des spéléologues il y a une trentaine d’années et déjà étudiée par des archéologues, cette cavité difficile d’accès reste partiellement documentée.

Ses parois témoignent d’une histoire ancienne. Une étude publiée en 2006 dans la revue scientifique Antiquity décrit plus de 170 représentations de mains rouges ou noires dans la salle principale, réalisées pour la plupart au pochoir. Cinq de ces représentations de mains noires ont été datées au carbone 14, révélant une ancienneté d’environ 2 500 ans. Des peintures d’oiseaux et de poissons ont également été recensées.

Ce patrimoine reste fragile, notamment face aux piétinements et aux graffitis. Les relevés doivent permettre de créer une réplique numérique complète de la grotte pour l’étudier sans multiplier les accès et suivre son état de conservation. Mené avec la tribu de Fetra Hé, en lien avec la grande chefferie du Wetr et la province des Îles Loyauté, ce travail doit aussi aider à définir les mesures de protection adaptées, en tenant compte des savoirs et de la mémoire du site portés par les habitants.

La mission s’est poursuivie à la Maison Lacroix, à Dumbéa, où un relevé par photogrammétrie a été réalisé. Cette technique permet de reconstituer un lieu en trois dimensions à partir de photographies. À l’île des Pins, le nettoyage récent de plusieurs vestiges du bagne permet désormais d’effectuer des relevés précis pour en conserver une documentation numérique durable.

Un séminaire organisé à l’initiative de l’UNC et de la Mission aux affaires culturelles a également réuni des chercheurs et des professionnels de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Nouvelle-Zélande. Parmi les exemples présentés : l’utilisation de drones à Walpole et de modèles 3D pour mieux comprendre les vestiges de la boulangerie de Nouville. Des applications concrètes qui montrent comment ces outils peuvent faciliter la lecture de sites parfois difficiles à interpréter sur le terrain.