Dans un communiqué, la mairie de l’Île des Pins expose sa vision de l’avenir de la desserte aérienne de Kunié. « Tontouta, une opportunité ; Magenta, une nécessité », résume-t-elle.

La formule est bien trouvée et les besoins des habitants sont réels. Pour se soigner, étudier, travailler ou effectuer une simple démarche à Nouméa, atterrir à Tontouta complique le voyage et alourdit une facture déjà élevée.

Mais le communiqué ne s’arrête pas au retour de Magenta. La mairie propose aussi de conforter Tontouta, d’utiliser des avions plus petits, de multiplier les liaisons inter-îles, de maintenir des tarifs accessibles et, demain, d’ouvrir une liaison directe avec Fidji.

Sur le papier, le programme est séduisant. Dans les comptes, il risque de l’être beaucoup moins.

Car la mairie ne chiffre rien. Qui achèterait les nouveaux avions ? Qui financerait les équipages, la maintenance et les rotations supplémentaires ? Qui compenserait les tarifs réduits ? Air Calédonie, déjà fragilisée ? Le gouvernement, dont les finances sont au plus bas ? L’État, la province Sud, la commune ou, une fois encore, les contribuables ?

Des appareils plus petits offriraient certainement davantage de souplesse, mais ils ne feraient pas automatiquement baisser le prix du billet. Quant à maintenir Tontouta tout en réactivant Magenta, cela reviendrait à disperser une clientèle limitée entre deux dessertes.

L’ouverture vers Fidji fait rêver. Une piste agrandie ne suffira pourtant pas à faire décoller une ligne internationale. Il faudra une compagnie, des passagers, des services douaniers et surtout un modèle économique capable de tenir sans perfusion permanente d’argent public.

La continuité territoriale ne peut évidemment pas être jugée uniquement à l’aune de la rentabilité. Elle constitue un service essentiel pour les habitants des îles. Mais dans une Nouvelle-Calédonie exsangue, défendre ce service impose aussi de distinguer l’indispensable du souhaitable.

À l’Île des Pins, les idées ne manquent donc pas. Ce qui manque encore, c’est leur coût, leur financement et l’ordre des priorités. Car avant de faire décoller les projets, il faudra savoir qui paiera la facture.