Le président du gouvernement a présenté ce lundi devant le Congrès sa déclaration de politique générale. Une feuille de route limitée aux six prochains mois, avec cinq urgences : maîtriser les dépenses publiques, sauver les retraites et le RUAMM, relancer l’économie et garantir aux Calédoniens une vie digne. Le tout avec la nécessité d’obtenir un nouveau soutien financier de l’État en 2027.

« Peu d’engagements tenus plutôt que beaucoup d’annonces oubliées. » Milakulo Tukumuli a choisi de poser le décor sans détour : la chute économique semble enrayée, mais la reprise n’est toujours pas engagée.

La consommation et le tourisme montrent quelques signes d’amélioration, mais l’investissement continue de reculer et le BTP tourne au ralenti. Les banques n’ont prêté que 87 milliards de francs en 2025, contre 171 milliards en 2023. En deux ans, le secteur privé a surtout perdu un salarié sur six.

Les régimes sociaux sont au bord de la rupture. Les réserves du régime de retraite du privé sont passées de près de 40 milliards de francs en 2018 à 5,2 milliards fin 2025. Son équilibre repose cette année sur 7,4 milliards issus du prêt garanti par l’État. Sans nouvelles ressources ni réforme, 42 000 Calédoniens pourraient se retrouver sans pension dans quelques mois.

Même urgence pour le RUAMM. Sa dette cumulée approchait 43 milliards de francs fin 2025 et son déficit annuel atteint près de 15 milliards. Une nouvelle concertation doit être organisée avec les partenaires sociaux, mais l’échéance est fixée : les réformes des retraites et de l’assurance maladie devront être votées par le Congrès avant le 31 décembre.

L’effort doit commencer par le gouvernement. Une revue générale de ses dépenses doit être menée. Parc automobile et immobilier, déplacements, prestations extérieures, subventions, organisation et dépenses de personnel devront être passés au crible. Milakulo Tukumuli souhaite que cet examen soit également étendu aux établissements publics de la Nouvelle-Calédonie. Aucun objectif chiffré d’économie n’est toutefois avancé.

Sur le plan économique, le gouvernement promet de ne pas faire peser l’essentiel de l’effort sur les entreprises et les travailleurs indépendants déjà fragilisés. Une refonte de la fiscalité doit également être mise en chantier afin de la rendre « plus attractive, plus cohérente et plus juste », sans mesure précise à ce stade.

Le prochain rendez-vous se jouera à Paris. Milakulo Tukumuli doit s’y rendre à la fin de la semaine avec une délégation réunissant des membres du gouvernement, du Congrès et les parlementaires calédoniens. Objectif : défendre la place de la Nouvelle-Calédonie dans le projet de loi de finances pour 2027.

Le président estime que, même réformée, la Nouvelle-Calédonie ne pourra pas passer l’année 2027 sans un nouveau soutien financier de l’État. Il espère que cette aide pourra prendre une forme différente de celle des prêts déjà accordés, qui ont alourdi la dette du territoire. Bientôt, plus de 10 milliards de francs devront être consacrés chaque année à son remboursement.

Milakulo Tukumuli prévient enfin que le budget calédonien pour 2027 dépendra en grande partie du résultat de ces négociations. S’il lui était impossible de présenter un budget sincère et équilibré, il affirme qu’il en tirerait « toutes les conséquences ».

Sur l’avenir institutionnel, le président du gouvernement ne s’avance pas : « Cet exécutif gouverne. Il n’arbitre pas l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. » Pour les six prochains mois, l’urgence sera donc d’abord économique, sociale et financière.

Au final, Milakulo Tukumuli a surtout posé le diagnostic et fixé l’urgence. Les choix les plus difficiles restent encore à préciser : où économiser, comment financer les régimes sociaux et quels efforts demander aux Calédoniens. Les six prochains mois diront donc si ce discours de vérité peut devenir un véritable programme d’action.