[EDITO] Le sujet va forcément diviser, avec les « oui, mais… » et les « non, mais… ». Une de nos lectrices nous a interpellés sur une situation qui dure depuis près de six ans : celle d’un homme sans domicile fixe installé sur le front de mer de l’Anse Vata.
Matelas, valises, effets personnels… Son installation fait désormais partie du paysage, sur le trottoir face à la plage, à proximité du Bilboquet. Une situation connue des riverains, commerçants, associations, services sociaux et pouvoirs publics. D’autres personnes en situation de précarité fréquenteraient désormais également les lieux.
Soyons clairs : le problème n’est pas de savoir s’il faut aider un homme qui vit dans la rue. Évidemment qu’il faut le faire. Et il bénéficie régulièrement de l’aide des associations, notamment pour ses repas.
La vraie question est ailleurs.
Peut-on occuper durablement un trottoir et y installer son lieu de vie pendant six ans parce qu’aucune solution ne semble fonctionner ? Et si les propositions d’accompagnement ou d’hébergement sont refusées, comme plusieurs témoignages l’affirment, cela signifie-t-il que la collectivité ne peut plus rien faire ?
L’endroit rend forcément la situation plus visible. Nous sommes à l’Anse Vata, l’une des principales vitrines de Nouméa, que l’on réaménage à grands frais pour la rendre plus attractive et relancer l’activité touristique. À quelques mètres passent chaque jour touristes, petit train, clients des hôtels, restaurants et commerces.
Il y a quelque chose de paradoxal à investir autant dans le front de mer tout en considérant qu’une occupation permanente de l’espace public ne peut, depuis six ans, trouver aucune réponse.
Ce n’est pas opposer les touristes aux SDF, ni l’esthétique à la précarité. Il s’agit de savoir où placer la limite entre solidarité, liberté individuelle et règles communes. Un trottoir reste aussi un espace destiné à l’usage de tous.
Les pouvoirs publics sont face à une équation compliquée : accompagner sans contraindre, respecter les personnes tout en préservant l’espace collectif. Mais au bout de six ans, difficile de parler encore d’une situation provisoire.
À force de ne pas trouver de réponse, on finit aussi par en apporter une : laisser faire.
Le sujet est sensible et les avis seront forcément partagés. Et vous, où placez-vous la limite entre solidarité, liberté individuelle et occupation de l’espace public ? On attend vos réactions.

