Trois dossiers remettent les protections de marché au cœur du débat en Nouvelle-Calédonie. Cette fois, Que Choisir Ensemble s’intéresse aux verres optiques, aux textiles personnalisés et aux glaces, avec une même ligne : soutenir la production locale lorsque c’est nécessaire, mais sans verrouiller durablement la concurrence.
Les trois entreprises sont clairement identifiées : OPTIC PROD pour les verres optiques, TEEPRINT pour le textile personnalisé et SWITI Calédonie pour les glaces et sorbets. Mais les dossiers n’en sont pas au même stade. Ceux d’OPTIC PROD et de TEEPRINT sont toujours en cours d’instruction, tandis que celui de SWITI est désormais terminé.
Le ton est particulièrement ferme concernant OPTIC PROD. L’entreprise a déposé en juin une première demande de protection concernant la fabrication de verres optiques. Une démarche qui aurait provoqué, selon Que Choisir Ensemble, une forte opposition des professionnels du secteur, dont elle soutient la position.
« Il n’est pas question que les patients qui doivent porter des verres correcteurs […] soient privés de choix. » L’organisation souligne que les verres élaborés ne sont pas produits en Nouvelle-Calédonie et estime qu’une telle protection pourrait, dans les faits, donner au demandeur une exclusivité sur leur importation. Avec, selon elle, le risque de le laisser « faire les prix qu’il veut ».
Elle demande donc à la DECAT de rejeter la demande d’OPTIC PROD.
Même opposition concernant TEEPRINT. L’entreprise sollicite le renouvellement d’une protection dont elle bénéficie déjà sur les textiles personnalisés comportant des illustrations rappelant la Nouvelle-Calédonie. Selon Que Choisir Ensemble, celle-ci serait demandée pour dix années supplémentaires.
L’association qualifie cette demande d’« exemple même d’une rente de situation ». Elle considère que TEEPRINT est aujourd’hui une entreprise mature, qui a développé son offre sur de nombreux produits vendus en Nouvelle-Calédonie comme à l’export, et estime que son activité ne serait pas mise en danger par une ouverture à la concurrence extérieure.
Là encore, elle demande à la DECAT de ne pas reconduire la protection.
Le cas de SWITI est différent. L’entreprise avait demandé en mars le renouvellement des protections existantes sur les glaces et sorbets. La procédure est depuis terminée.
Sur ce dossier, Que Choisir Ensemble se montre plus conciliant. Selon la structure, la protection aurait vocation à rester transitoire, le temps de permettre à l’entreprise locale de s’adapter à une ouverture complète du marché. Elle y voit la possibilité d’avancer vers une suppression « progressive et raisonnée » de certaines protections.
Le débat est loin d’être nouveau. Quotas, suspensions d’importation ou taxes sur les produits importés permettent de protéger certaines productions et les emplois locaux. Mais leurs effets sur les prix, le choix des consommateurs et la concurrence font régulièrement débat. Un audit a d’ailleurs été lancé en 2025 pour mesurer l’efficacité réelle du système et ses conséquences sur l’économie calédonienne.
Pour autant, Que Choisir Ensemble ne réclame pas la disparition de tout soutien aux entreprises locales. D’autres outils pourraient être utilisés lorsque cela se justifie, notamment des mesures fiscales sur les importations, tout en laissant davantage jouer la concurrence.
Pour l’organisation, il est temps de « ne pas reconduire systématiquement les protections de marché existantes ni ouvrir le champ à de nouvelles demandes ».
Derrière ces trois dossiers revient finalement la même question : jusqu’où faut-il protéger la production et l’emploi locaux lorsque cette protection risque, en contrepartie, de réduire le choix ou d’alourdir la facture du consommateur ?

