[BILLET D’HUMEUR] Le gouvernement vient de dégainer son « Soutien Carburant Pro ». Une aide de 350 millions destinée à amortir le choc de la hausse des prix à la pompe pour plusieurs professions jugées particulièrement exposées.

Agriculteurs, pêcheurs, aquaculteurs, ambulanciers, infirmiers libéraux, transport scolaire et touristique, certaines professions du BTP : la liste est connue. Mais comme souvent avec les dispositifs d’aide, ce n’est pas tant la liste des bénéficiaires qui attire l’attention que celle des absents.

Car à la lecture des critères, une question s’impose : comment expliquer que des secteurs dont l’activité repose entièrement sur la route ne figurent pas parmi les bénéficiaires ?

Prenons les grossistes. Chaque jour, leurs camions sillonnent la Nouvelle-Calédonie pour approvisionner commerces, supermarchés, stations-service, restaurants ou chantiers. Quand le carburant augmente, leur facture explose. Et lorsque leur facture explose, ce sont les prix des marchandises qui finissent par suivre.

Même interrogation pour les artisans itinérants, les taxis ou encore les entreprises de services qui passent leur journée derrière un volant. Eux aussi voient leur rentabilité fondre à chaque hausse du gazole ou de l’essence.

Bien sûr, le gouvernement répondra qu’il fallait cibler. Avec 350 millions de francs, impossible d’aider tout le monde. C’est vrai. Mais alors il faut reconnaître que ce dispositif ne concerne pas forcément les professions les plus dépendantes du carburant. Il concerne celles qui ont été retenues.

Toute la difficulté est là. À partir du moment où l’on choisit les bénéficiaires un par un, chacun cherche la logique.

Pourquoi un professionnel du BTP et pas un artisan qui parcourt des centaines de kilomètres par semaine ? Pourquoi un transporteur scolaire et pas une entreprise qui livre les commerces de tout le territoire ? Pourquoi certains oui et d’autres non ?

Au final, ce soutien d’urgence soulagera sans doute de nombreux professionnels. Mais il risque aussi de nourrir un sentiment bien connu en Nouvelle-Calédonie : celui de regarder passer les aides depuis le bord de la route pendant que d’autres font le plein.


Pour rappel
Le dispositif « Soutien Carburant Pro » est une aide, dotée de 350 millions de francs CFP, qui concerne près de 2 500 professionnels des secteurs de l’agriculture, de la pêche, de l’aquaculture, du transport, de la santé et du BTP.
Pendant trois mois, ils bénéficieront d’une remise de 25 F/L sur le gazole et de 15 F/L sur l’essence, appliquée directement en station via une carte professionnelle.
Le dispositif cessera si l’enveloppe est épuisée ou si les prix repassent sous les 185 F/L.