Huit semaines. Huit semaines que les aérodromes de Maré, Lifou et Ouvéa sont bloqués, plongeant la province des Îles dans une situation de plus en plus critique. Dans une lettre ouverte adressée au conseil d’administration d’Air Calédonie, Charles Washetine tire la sonnette d’alarme et met chacun face à ses responsabilités.

Pour le chef de groupe Palika Îles, la crise actuelle ne profite à personne. Elle fragilise au contraire l’ensemble du territoire, à commencer par la compagnie Air Calédonie elle-même. Déjà en grande difficulté, placée en redressement judiciaire, elle pourrait ne pas se relever d’un blocage prolongé. Derrière ce risque, ce sont plus de 200 emplois qui sont directement menacés, mais aussi toute la continuité territoriale.

Car le problème dépasse largement la seule compagnie. Dans les Îles Loyauté, l’avion n’est pas un confort, c’est une nécessité. Sans desserte régulière, les déplacements deviennent impossibles pour les malades, les femmes enceintes ou encore les étudiants. Une situation d’autant plus préoccupante que la population locale est déjà marquée par de fortes fragilités sociales et sanitaires.

Sur le plan économique, les conséquences commencent aussi à se faire sentir. Le tourisme cale, l’activité artisanale ralentit, et c’est toute une économie insulaire qui risque de décrocher durablement. Sans solution rapide, certains acteurs pourraient ne jamais se relever.

Au-delà de l’urgence, le courrier pointe aussi des choix passés qui interrogent. Investissements jugés trop lourds, modèle économique instable, responsabilités partagées : la crise actuelle agit comme un révélateur des fragilités structurelles d’Air Calédonie.

Dans ce contexte, Charles Washetine appelle à sortir des postures politiques. Le débat sur le transfert de Magenta vers Tontouta, très présent ces dernières semaines, ne doit pas masquer l’essentiel : la nécessité de rétablir rapidement un service aérien fiable.

Le message est clair : laisser la situation s’enliser reviendrait à isoler durablement une partie de la population calédonienne. Et, au-delà des enjeux économiques, c’est bien la question de l’égalité d’accès au territoire qui est posée.

Reste une question, désormais centrale : si la situation est à ce point dramatique, pourquoi la proposition du gouvernement n’est-elle toujours pas acceptée ? Une solution via Tontouta est sur la table, présentée comme immédiatement mobilisable. Tant que ce refus perdure, la crise se prolonge et ce sont, une fois encore, les habitants des Îles qui en paient le prix.