En Nouvelle-Calédonie, le débat sur le corps électoral franchit un nouveau cap. À l’approche d’élections provinciales plusieurs fois reportées, un collectif de résidents exclus du vote sort du silence… pour défendre le gel. Une prise de position inattendue, à rebours des revendications les plus visibles, qui pourrait bien relancer un sujet déjà hautement inflammable.

Ces habitants, installés sur le territoire mais non inscrits sur les listes électorales locales, assument publiquement leur situation. Loin de dénoncer une injustice, ils expliquent au contraire comprendre et accepter les règles en place. Un discours qui tranche, dans un contexte où la question du droit de vote cristallise régulièrement les tensions politiques et identitaires.

Le collectif s’appuie sur l’histoire de la Nouvelle-Calédonie pour justifier sa position. Colonisation, fractures, rééquilibrage : pour eux, le gel du corps électoral n’est pas une anomalie, mais le produit d’un compromis destiné à éviter une rupture de l’équilibre. Un mécanisme imparfait, reconnaissent-ils, mais jugé nécessaire dans un territoire où la moindre étincelle peut rallumer les divisions.

Surtout, les signataires mettent en garde contre toute remise en cause brutale du dispositif. Ils redoutent qu’un élargissement précipité du corps électoral ne ravive les tensions et ne fragilise davantage la cohésion du pays. Leur message est clair : pas d’évolution sous pression, ni dans un rapport de force.

Cette prise de parole, à contre-courant, ne devrait pas laisser indifférent. En défendant un système qui les exclut eux-mêmes du vote, ces résidents prennent le risque de crisper encore davantage un débat déjà explosif. Reste à savoir si cette voix minoritaire pèsera réellement dans le rapport de force, ou si elle ne fera qu’ajouter une couche de complexité à un dossier déjà sous haute tension.



Qui sont les signataires de cette tribune ?

On y retrouve des profils issus de la société civile, des entrepreneurs, enseignants, soignants, artistes, fonctionnaires ou encore étudiants. Parmi eux : jérôme Bétrancourt (président d’association), Guénolé Bouvet (formateur), Catherine Glanios (cheffe d’entreprise), Stéphanie Habaque, Tobie (gérant d’une société de production), Dominique Méguerou (médecin), Mary Laure Mégraoua Gastaud (mandataire judiciaire), Véronique Mézihé (anthropologue), Éléonore Mouzey (étudiante en droit), Sophie Petit-Jouvet (économiste de la santé), Julia Trinson (chargée de communication), Fany Torre (journaliste)
Liste non exhaustive…