Présenté comme un éclairage sur les atteintes aux droits fondamentaux, l’avis rendu par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme sur la crise de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie continue de susciter de vives critiques sur le territoire. De nombreux responsables politiques et acteurs locaux dénoncent un document jugé déséquilibré, accusé de passer sous silence les exactions et les atteintes aux libertés subies par la population.
La présidente de la province Sud, Sonia Backes, critique pour sa part une analyse qu’elle estime déconnectée du terrain. « Lire que la CNCDH reproche aux forces de l’ordre d’avoir repris la main sur des quartiers entiers dont les habitants ne pouvaient même plus sortir pour s’acheter à manger, c’est quand même un autre monde », écrit-elle, évoquant des situations de détresse humaine liées aux blocages, à l’impossibilité d’accéder aux soins et aux atteintes à la liberté de circulation.
Les Loyalistes estiment que le rapport concentre l’essentiel de son analyse sur l’action de l’État et des forces de l’ordre, tout en minimisant les violences, les destructions et les blocages prolongés qui ont profondément marqué la vie quotidienne de milliers d’habitants. Selon eux, cette lecture inverse les responsabilités et laisse les victimes dans l’angle mort de l’analyse.
L’Association Citoyen Mondorien a, de son côté, publié un communiqué dénonçant un « diagnostic incomplet » et un « déséquilibre préoccupant ». L’association regrette en particulier que la privation durable de la liberté de circulation, qu’elle qualifie de liberté fondamentale, soit largement minimisée, alors même qu’elle a affecté l’accès au travail, aux soins et aux services publics pour une partie significative de la population.
La province Sud a également réagi officiellement à l’avis de la CNCDH, dénonçant « de nombreuses inexactitudes reprises sans vérification » dans le document Dans un communiqué, la collectivité affirme que l’aide médicale, les bourses et le minimum vieillesse ont continué à être versés, et souligne avoir maintenu les services essentiels malgré la destruction du tissu économique et la perte d’un quart de ses recettes fiscales. Elle estime que les difficultés rencontrées trouvent leur origine dans les exactions commises en 2024, et non dans l’action des services provinciaux.
Du côté indépendantiste, le Mouvement Nationaliste Indépendantiste Souverainiste est, à ce stade, le seul mouvement à s’être exprimé publiquement. Il estime que l’avis de la CNCDH confirme ses dénonciations sur la gestion de la crise et parle d’un rapport « sans concession », appelant à l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur les décisions de l’État depuis le 13 mai 2024.
À l’inverse de ces réactions locales, le rapport bénéficie déjà d’un large relais dans la presse nationale.
Le Monde évoque une « répression violente, parfois mortelle » et souligne de « sérieuses interrogations sur l’impartialité de la justice ».
Mediapart reprend l’expression employée par la commission dénonçant des « mesures de rétorsion collective », tandis que plusieurs médias nationaux, dont TV5 Monde, relaient la conclusion centrale d’une gestion jugée « essentiellement répressive » de la crise par l’État.
Ce contraste entre la lecture portée par la presse nationale et les réactions exprimées en Nouvelle-Calédonie alimente un malaise persistant. Sur le territoire, une question revient avec insistance : comment analyser la crise de 2024 sans reconnaître pleinement les violences subies par la population et les atteintes concrètes aux libertés fondamentales ?
Pour beaucoup, ce rapport ne contribue ni à l’apaisement ni à la compréhension de la crise, tant il semble éloigné de ce qui a été réellement vécu sur le terrain.
Pour info à chacun de se faire une idée

Pour beaucoup, ce rapport ne contribue ni à l’apaisement ni à la compréhension de la crise, tant il semble éloigné de ce qui a été réellement vécu sur le terrain.

