[BILLET D’HUMEUR] La fête organisée à Nouméa pour marquer le passage à la nouvelle année se voulait un moment de rassemblement. Elle a surtout provoqué une vague de réactions d’une rare dureté. Au-delà de l’événement lui-même, les commentaires publiés à cette occasion ont mis en lumière les tensions, la fatigue et les fractures qui traversent aujourd’hui la société calédonienne.

L’événement destiné à marquer le passage à la nouvelle année n’aura finalement pas tant marqué par ses lumières que par la violence des mots qu’il a suscités.

Sous la publication de la mairie de Nouméa, les commentaires ont parfois dépassé la simple critique pour glisser vers la moquerie gratuite, l’agressivité et, par moments, une forme de mépris assumé. ronie facile, attaques personnelles, sarcasmes répétés : l’essentiel ne se jouait plus sur scène, mais dans cette surenchère verbale devenue presque banale.

Bien sûr, le débat sur l’utilisation de l’argent public est légitime. Dans une Calédonie encore meurtrie par les émeutes de 2024, économiquement affaiblie et socialement fragmentée, chaque dépense est scrutée et contestée. Mais ce que révèlent certains propos dépasse largement la question budgétaire.

On n’y lit pas seulement de la déception ou de la colère. On y voit une dureté devenue réflexe, une envie de rabaisser, de ridiculiser, de frapper symboliquement ce qui est proposé, sans nuance ni retenue. Comme si l’anonymat relatif des réseaux sociaux autorisait tout.

Ce qui frappe, c’est l’absence presque totale d’indulgence. Pour les artistes, pour les techniciens, pour ceux qui ont travaillé à cet événement. Les efforts sont balayés d’un revers de commentaire, réduits à une « honte », une « merde », un « gaspillage ». Des mots lourds, jetés sans considération pour ceux qui les reçoivent.

Cette brutalité verbale dit quelque chose de l’état de tension permanent dans lequel vit aujourd’hui la société calédonienne. Une société fatiguée, à cran, où la frustration accumulée trouve dans les réseaux sociaux un exutoire immédiat, souvent sans filtre.

Il ne s’agit pas de sanctuariser l’action publique ni d’interdire la critique. Mais de s’interroger sur la manière dont elle est formulée. Car à force de méchanceté ordinaire, c’est le lien collectif qui s’effrite un peu plus. Et dans une Calédonie déjà profondément fragilisée, ce sont parfois les mots, plus que les actes, qui font le plus de dégâts.

Au fond, ce spectacle n’a été qu’un prétexte. Le vrai problème est ailleurs : dans une société qui confond critique et acharnement, et qui semble avoir perdu le sens de la mesure et de l’humanité. À ce niveau-là, ce ne sont plus des lumières qu’il faut allumer, mais des consciences.