La Chambre territoriale des comptes dresse un constat sévère sur la formation professionnelle des jeunes éloignés de l’emploi. Malgré les plans et les dispositifs successifs, seule une petite partie du public concerné est réellement accompagnée.
Selon une estimation réalisée par l’ISEE en 2023, entre 7 000 et 12 000 Calédoniens de 15 à 29 ans seraient éloignés de l’emploi, soit 20 à 22 % de cette tranche d’âge.
Chaque année, 800 à 1 000 jeunes supplémentaires quittent le système scolaire sans diplôme, sans emploi et sans solution de formation. Entre 2020 et 2025, plus de 6 200 personnes, tous âges et toutes situations confondus, ont suivi une formation pilotée par la Nouvelle-Calédonie. Mais seulement deux dispositifs ou formations sur cinq sont véritablement consacrés aux jeunes les plus éloignés de l’emploi.
Leur prise en charge ne dépasse pas 4 à 8 % de la population cible chaque année.
Les moyens ont également fondu. En dix ans, les crédits consacrés à la formation professionnelle ont été divisés par deux. Les budgets des principaux dispositifs diminuent, alors que les difficultés de transport, d’hébergement, de précarité ou d’autonomie restent importantes, notamment hors du Grand Nouméa.
La Chambre pointe surtout un système éclaté. Nouvelle-Calédonie, provinces, GIEP et organismes d’insertion interviennent sans véritable stratégie commune ni outil permettant de suivre chaque jeune tout au long de son parcours. Les informations sont partielles, rarement consolidées et parfois impossibles à comparer.
Les résultats sont pourtant encourageants lorsque les jeunes accèdent à une formation collective certifiante : les taux de réussite et d’insertion sont généralement supérieurs à 60 %. Mais ces parcours profitent surtout aux personnes déjà engagées dans une démarche. Les jeunes les plus éloignés restent les plus difficiles à atteindre.
Le dispositif SPOT* illustre ces limites. Destiné aux jeunes en grande difficulté, il débouche pour 6 % des participants sur un emploi, 6 % sur une alternance et 2 % sur une formation qualifiante. Pour 34 % d’entre eux, la situation à la sortie n’est même pas renseignée.
La Chambre recommande notamment de simplifier la gouvernance, de partager les informations, de développer les formations correspondant aux besoins des entreprises et de mieux prendre en compte les problèmes de transport et d’hébergement.
Au-delà des dispositifs et des budgets, la CTC appelle surtout à remettre de la cohérence dans un système qui peine encore à atteindre ceux qui en ont le plus besoin. Car pour des milliers de jeunes, le véritable enjeu n’est pas seulement d’entrer en formation, mais d’en sortir avec une qualification et une perspective d’emploi.
*Le dispositif SPOT. Géré par le GIEP, ce parcours de sept à neuf mois prépare les jeunes les plus éloignés de l’emploi à intégrer une formation qualifiante. Remise à niveau, ateliers techniques, stages en entreprise et accompagnement personnalisé doivent leur permettre de retrouver les savoirs fondamentaux, l’autonomie et les règles de la vie professionnelle.

