Les producteurs étaient là. Les ignames, les taros, les patates et les légumes aussi. Ce qui manquait à la Foire des Îles, qui s’est tenue le week-end dernier à Nengone, ce sont les clients.

Pendant trois jours à Maré, une grande partie des marchandises est restée sur les étals. Certains agriculteurs ont peu vendu. D’autres quasiment rien. Un couple n’a pas écoulé un seul de ses 36 kilos d’ignames.

La crise a forcément pesé. Mais sans liaisons accessibles et fiables, comment espérer faire venir les visiteurs de Lifou, d’Ouvéa ou de la Grande Terre ? Et comment peut-on aujourd’hui se dire étonné du résultat ?

Organiser une Foire des Îles à Maré sans garantir la venue d’une clientèle extérieure, c’était prendre le risque de laisser les producteurs se vendre les mêmes produits entre eux et aux habitants de l’île.

Face aux invendus, le comité a racheté trois tonnes de marchandises pour deux millions de francs, avec le soutien de la province des Îles. Le geste limite les pertes. Mais il souligne aussi l’absurdité de la situation : faute d’avoir pu faire venir les clients, l’argent public sert maintenant à acheter ce qui aurait dû être vendu pendant la foire.

Cette manifestation est censée être une vitrine de l’agriculture et de l’artisanat des Îles. Encore faut-il pouvoir s’y rendre.

À Maré, les producteurs n’ont pas manqué de produits. Ils ont manqué de visiteurs. Et au bout du compte, ce sont les agriculteurs, puis la collectivité, qui paient la facture d’un enclavement que les responsables locaux ont eux-mêmes contribué à créer. Comprenne qui pourra.