Payer en ligne, accepter une carte étrangère ou automatiser un virement relève encore du parcours du combattant en Nouvelle-Calédonie. Réunis jeudi dernier à l’UNC, entreprises, banques et institutions se donnent six mois pour commencer à inverser la tendance.

Les premières Assises de la Fintech ont fait ressortir six blocages : l’encaissement pour le compte de tiers, les échecs de paiement, les cartes et devises étrangères, l’absence de services devenus courants ailleurs, le manque d’accès aux outils bancaires et le coût des solutions de contournement.

Le 3D Secure par SMS complique notamment les achats. Need Eat en a fait les frais lorsque Stripe a dû fermer ses comptes dans les collectivités françaises du Pacifique. L’entreprise a perdu les cartes enregistrées de ses clients, son taux d’échec de paiement est remonté à 60 % et ses ventes auraient chuté de 20 % en juillet 2023.

Pour accéder à certains services, d’autres entreprises doivent créer une structure en France. Une solution coûteuse qui pose une question : comment rester calédonien lorsque le développement de l’activité oblige à partir ailleurs ?

La demande est pourtant là. Sur la plateforme PLAYR, Apple Pay et Google Pay représentent déjà la moitié des transactions. Côté gestion, trois banques sur quatre permettent de consulter les comptes via une interface, mais aucune ne permet encore d’initier directement un paiement. Les virements doivent toujours être ressaisis sur le site bancaire.

Ces contournements pèsent lourd : 14 % des entreprises interrogées dépensent plus de 100 000 francs par mois pour pallier les limites du système.

Autre difficulté, les collectivités françaises du Pacifique ne bénéficient pas du passeport européen permettant à un établissement financier agréé dans l’Union d’y opérer. Stripe et Revolut ont ainsi été contraintes de se retirer faute d’agrément spécifique.
Revolut a depuis obtenu le feu vert du régulateur, sans avoir encore annoncé son arrivée en Calédonie.

Des solutions locales émergent malgré tout : paiement par QR code, abonnements, liens de règlement ou outils pour les marketplaces. Mobupay montre également qu’une réponse peut être développée sur le territoire. La conversion des paiements en devises reste trop coûteuse, mais une avancée est espérée en 2027 grâce à une mutualisation avec la Polynésie.

L’OPT investit parallèlement 2,1 milliards de francs sur trois ans pour remplacer un système informatique vieux de 44 ans. Les banques soulignent que les obligations réglementaires absorbent 60 à 70 % de leurs budgets projets. Le secteur a enregistré une perte nette de 5 milliards de francs en 2024 et perdu 10 milliards de chiffre d’affaires en trois ans.

La Fédération bancaire française propose donc de cibler un ou deux sujets concrets. Une structure commune réunissant banques, opérateurs de paiement et investisseurs locaux est également envisagée.

Une nouvelle réunion doit se tenir fin septembre ou début octobre pour fixer les priorités et formaliser une feuille de route. Le dossier sera aussi porté au Sommet Outre-mer du 1er octobre à la Banque de France, avant un sommet calédonien annoncé au premier semestre 2027.

Le diagnostic est posé. Reste à transformer les Assises en solutions qui fonctionnent réellement au moment de passer à la caisse. ➡️ NeoTech