[EDITO] Le Queensland vient encore de durcir sa justice des mineurs. Depuis cette année, 47 infractions sont concernées par le principe « Adult Crime, Adult Time » : pour certains crimes graves, les jeunes risquent désormais les mêmes peines que les adultes. Et dans cet État australien, la responsabilité pénale commence dès 10 ans. Un enfant peut même, dans les cas les plus graves, être condamné à perpétuité.
Dix ans. À cet âge-là, on est encore à l’école primaire. On dépend de ses parents, on n’a pas le droit de conduire ni de voter. Mais au Queensland, on peut déjà répondre de ses actes devant la justice et, pour un meurtre, être condamné à la prison à vie.
Il existe tout de même des garde-fous. Pour les 10-13 ans, la justice doit prouver que l’enfant comprenait que ce qu’il faisait était répréhensible. Les mineurs ne sont pas non plus enfermés avec les adultes : ils sont placés dans des centres spécifiques. À partir de 18 ans, leur transfert vers une prison pour adultes peut en revanche intervenir.
Reste le principe, résumé par un slogan qui va droit au but : « Adult Crime, Adult Time ». Crime d’adulte, peine d’adulte.
L’idée peut sembler logique lorsqu’un crime particulièrement violent bouleverse l’opinion. Pourquoi celui qui commet l’irréparable devrait-il être moins lourdement puni simplement parce qu’il est mineur ?
Mais la question peut aussi être posée dans l’autre sens.
À quoi sert une justice des mineurs si elle finit par traiter un enfant comme un adulte ? À 10, 12 ou 14 ans, a-t-on vraiment la même conscience de ses actes, la même maturité et donc la même responsabilité ?
D’autant que ce tour de vis intervient sans explosion générale de la délinquance des jeunes. En 2024-2025, le nombre de jeunes auteurs d’infractions recensés dans le Queensland a même baissé de 9 %.
Cela n’enlève évidemment rien à la gravité de certains crimes. Une statistique ne consolera jamais une victime ou sa famille. Et la société doit pouvoir se protéger face à des jeunes dangereux ou multirécidivistes.
Mais entre protéger la population et considérer qu’un enfant de 10 ans peut être puni comme un adulte, il y a un pas. Le Queensland a décidé de le franchir.
Reste une question : punir un enfant comme un adulte rend-il vraiment la société plus sûre ? Ou est-ce une réponse simple à un problème qui, lui, ne l’est pas ?

