[EDITO] À Bourail, les pluies ont encore gagné. Selon selon Levay Roy, près de la moitié des mises en culture récentes du bassin ont été abîmées. Des champs de pommes de terre noyés, des hectares perdus, des tonnes de terre emportées vers les rivières puis jusqu’au lagon. Une catastrophe ? Oui. Une surprise ? Plus vraiment.
Ces inondations ne datent pas d’hier. Les zones à risque sont connues, les cartes existent et, à chaque gros épisode de pluie, le scénario se répète. On replante, on indemnise… puis on recommence.
Dans le même temps, la Nouvelle-Calédonie fait un autre pari : protéger son marché de la pomme de terre et bientôt celui des chips fabriquées localement. Une usine de transformation qui ouvrira prochainement doit créer davantage de valeur ajoutée et renforcer la filière.
L’objectif est légitime. Mais à quoi sert de protéger un marché si l’on ne protège pas d’abord les conditions qui permettent de produire ? Si la production locale peine déjà à répondre aux besoins des Calédoniens après chaque épisode climatique majeur, comment alimentera-t-elle demain une industrie de transformation ? Toute la question est là.
Les producteurs rappellent toutefois que la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît. Pendant la saison cyclonique, les secteurs les plus exposés ne sont généralement pas cultivés et des couverts végétaux sont semés pour protéger les sols. Pourtant, lors d’épisodes exceptionnels comme ceux de 2022 ou de ces derniers jours, des parcelles habituellement épargnées sont elles aussi touchées.
Les agriculteurs sont les premiers à en subir les conséquences. Les assurances interviennent, des milliers de tonnes de sédiments finissent dans le lagon classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et, au bout du compte, ce sont les Calédoniens qui paient l’addition.
Personne ne conteste l’importance de l’agriculture. En revanche, il est peut-être temps d’accélérer la réflexion sur l’adaptation de nos pratiques, la protection des cours d’eau, la restauration des berges et une utilisation des terres mieux adaptée aux réalités climatiques.
Au fond, le débat dépasse les pommes de terre ou les chips. Il concerne notre capacité à anticiper plutôt qu’à réparer. Développer l’économie sans tenir compte des réalités climatiques n’a plus de sens. Si rien ne change, les catastrophes d’aujourd’hui finiront par devenir la normalité de demain.
Crédit photo Levay Roy

