Le Muz est livré. Après des années de travaux, des retards à répétition et une facture qui s’approche des 4 milliards de francs CFP, la Nouvelle-Calédonie dispose enfin d’un musée flambant neuf. Enfin presque, puisqu’il manque l’essentiel : un musée qui fonctionne.
Aujourd’hui, le Muz ne peut pas ouvrir. Il manque environ 500 millions de francs CFP pour financer la scénographie, c’est-à-dire l’ensemble des dispositifs qui permettent d’organiser le parcours, de présenter les objets, de structurer les textes, de travailler l’éclairage, l’ambiance et la narration. C’est elle qui permet de comprendre ce que l’on voit. Sans elle, le bâtiment reste vide et ne peut pas accueillir de public.
Difficile, dans ces conditions, de ne pas parler de gâchis. Comment en arrive-t-on à investir des milliards d’argent public dans un équipement sans prévoir, jusqu’au bout, les moyens de le faire fonctionner ? La question dépasse la technique, elle devient politique.
Ce musée n’est pas un projet privé qui aurait mal tourné. C’est un projet porté par les institutions, financé en grande partie par l’État et la Nouvelle-Calédonie, suivi pendant des années par plusieurs responsables publics. À chaque étape, des décisions ont été prises, des arbitrages rendus, des budgets validés. Et au bout de la chaîne, il manque ce dernier financement, pourtant indispensable.
Le plus frappant reste le décalage entre l’ambition affichée et le résultat. Le Muz devait être un grand équipement culturel, capable de valoriser un patrimoine exceptionnel, notamment les collections d’art kanak, et de proposer un récit renouvelé du territoire. Il devait être un lieu de transmission, de compréhension et de rayonnement. Aujourd’hui, il demeure un bâtiment vide.
On pourra toujours invoquer le contexte, les crises ou les imprévus. Mais ces arguments ont leurs limites. Gouverner, c’est prévoir, prioriser et aller au bout des projets engagés. En l’état, le Muz donne le sentiment inverse : celui d’un chantier mené jusqu’au béton, mais pas jusqu’à son utilité.
Derrière ce projet, la dimension politique n’a jamais été totalement absente. La volonté de mettre en avant certains récits et certaines identités s’inscrivait dans son ambition. Mais faute de scénographie, ce débat reste aujourd’hui théorique.
Au final, le Muz devient malgré lui un symbole. Celui d’une gestion publique qui investit massivement sans garantir le résultat. Celui d’un territoire capable de lancer de grands projets, mais qui peine à les mener à leur terme. Et celui, plus simple encore, d’un musée à 4 milliards… qui reste fermé.
