Alors que le dispositif de continuité territoriale, en vigueur jusqu’en février 2026, est sévèrement épinglé par la chambre territoriale des comptes pour son pilotage défaillant et son coût de plusieurs milliards de francs CFP, le flou demeure total sur la réforme appelée à lui succéder.
Dans un rapport rendu public fin décembre, la chambre territoriale des comptes dresse un constat sévère sur la politique de continuité territoriale, censée faciliter les déplacements aériens des Calédoniens. Essentiel dans un territoire marqué par l’insularité, ce dispositif mobilise depuis plusieurs années des milliards de francs CFP, sans stratégie clairement définie ni garanties suffisantes sur l’efficacité des aides.
La chambre souligne d’abord l’absence de véritable stratégie de desserte aérienne. Bien que la Nouvelle-Calédonie soit compétente pour l’organisation des vols intérieurs, aucun document de référence n’encadre cette politique. Le schéma global des transports, finalisé dès 2015, n’a jamais été adopté par le congrès, laissant place à des décisions prises au cas par cas, sans vision d’ensemble.
La mise en œuvre repose principalement sur l’ADANC, l’agence pour la desserte aérienne de la Nouvelle-Calédonie, aujourd’hui actionnaire quasi exclusif d’Aircalin et d’Air Calédonie. La chambre relève toutefois des fragilités de gouvernance et une situation financière dégradée, conséquence notamment des soutiens publics massifs accordés aux compagnies aériennes en difficulté.
Le rapport pointe ensuite les dérives de l’aide à la continuité pays, dispositif central pour les habitants des îles. Créée en 2012 pour réduire le prix des billets entre les îles et la grande terre, cette aide représente en moyenne 31 % des trajets entre 2019 et 2024, et jusqu’à 42 % en 2024. Le nombre de bénéficiaires dépasse la population réellement éligible des communes insulaires, en raison de critères trop souples et de contrôles insuffisants, générant un surcoût estimé à environ 100 millions de francs CFP par an.
Autre point sensible : le soutien aux lignes aériennes peu fréquentées. Entre 2019 et 2024, près de 1,8 milliard de francs CFP ont été consacrés à ces dessertes, auxquels s’ajoutent plus de 2,6 milliards de francs CFP pour soutenir Air Calédonie. Les faibles taux de remplissage et le coût élevé par passager interrogent la pertinence de certaines liaisons. Au total, près de 7 milliards de francs CFP ont été engagés depuis 2019 pour la desserte aérienne intérieure.
Face à ce constat, la chambre appelle à une remise à plat du dispositif : définition d’une stratégie claire, meilleur encadrement des aides et ciblage plus précis des bénéficiaires, afin de rendre cette politique plus lisible, plus équitable et plus soutenable pour les finances publiques.
Si une réforme transitoire est entrée en vigueur à l’automne 2025, la validité de la carte transport s’arrête au 28 février 2026, posant déjà la question de l’avenir du dispositif de continuité pays et de son éventuelle refonte au-delà de cette échéance.
