Alors que le gouvernement prépare une loi pour encadrer les nakamal, les exploitants dénoncent une approche précipitée et demandent à participer à un dialogue qu’ils estiment urgent et nécessaire.

Les exploitants de nakamal de Nouvelle-Calédonie se mobilisent face au projet de loi du pays qui prévoit d’encadrer la vente et la consommation de kava. Inquiets de ses conséquences, ils annoncent la création de la Fédération des Artisans du Kava, avec l’objectif de défendre une filière encore largement méconnue mais essentielle à la vie culturelle, sociale et économique du territoire.

Le texte en préparation soulève de nombreuses inquiétudes. Il introduirait un numerus clausus sans critères précis, risquant de provoquer des fermetures massives. Il assimile aussi le kava au régime de l’alcool, alors que cette racine traditionnelle, consommée depuis des générations, n’est ni classée comme drogue ni reconnue comme dangereuse. Pour les professionnels, cette comparaison est infondée et témoigne d’une méconnaissance du produit.

Cette volonté de réglementation s’inscrit dans un contexte tendu, marqué par de nombreuses plaintes et dérives constatées ces derniers mois. La fermeture administrative pour six mois du nakamal City Five à Nouméa, épinglé pour trafic de stupéfiants, a récemment illustré les abus que le gouvernement cherche à prévenir. Mais les artisans du kava refusent que l’ensemble de la profession soit jugé à l’aune de ces cas isolés.

Autre problème : l’absence totale de reconnaissance administrative. Aujourd’hui, les nakamal n’ont ni code d’activité, ni statut officiel, ni même d’existence dans les statistiques économiques du territoire. Réglementer une filière qui n’est pas formellement identifiée revient, selon les artisans, à poser des règles dans le vide.

La fédération ne rejette pas toute régulation. Elle demande à être associée à son élaboration, dans un esprit de dialogue. Elle propose notamment la création d’une licence spécifique, adaptée aux réalités culturelles et aux pratiques locales, et appelle à des mesures transitoires pour protéger les établissements déjà en place. Elle demande aussi l’accès normal aux services bancaires, encore trop souvent refusé aux exploitants de nakamal.

Les artisans du kava veulent participer à la construction d’une loi juste, cohérente et respectueuse. Ce qu’ils refusent, c’est une réforme brutale, imposée sans concertation, qui risquerait de fragiliser un pan entier du tissu calédonien.