Entre crise du nickel, émeutes et explosion du chômage, les finances publiques calédoniennes ont pris l’eau en 2024. Dans son dernier rapport, la Chambre territoriale des comptes alerte sur une situation critique : dette record, investissements en chute libre et collectivités sous perfusion de l’État. Et 2025 ne s’annonce pas mieux.
Un PIB en chute, un chômage qui explose. En 2024, l’économie calédonienne encaisse un choc brutal : le produit intérieur brut (PIB) recule de 15 %, revenant à un niveau comparable à celui de 2015. La mise en veille, puis la fermeture de l’usine du Nord, combinées aux violences, pillages et blocages de mai, ont paralysé l’activité.
Conséquence directe : le nombre de chômeurs double en un an (+124 %). Des aides d’urgence sont mises en place dans les trois provinces, mais l’impact social reste considérable.
Le nickel au ralenti, le tourisme en chute libre. Côté nickel, c’est la dégringolade : moins de 10 millions de tonnes de minerai extraites, contre plus de 19 millions l’année précédente. Les exportations s’effondrent, la production métallurgique chute de moitié. Le tourisme ne fait pas mieux : le trafic international à La Tontouta est divisé par deux, et la fréquentation des croisiéristes baisse de 44 %.
Des collectivités sous assistance respiratoire. Pour la CTC, les collectivités locales survivent grâce au soutien massif de l’État. En 2024, les aides exceptionnelles dépassent les 197 milliards F CFP, dont une grande partie sous forme d’avances de trésorerie. Résultat : une trésorerie en apparence « favorable », mais une dette publique qui grimpe à 197 milliards F CFP, soit 21,5 % du PIB local.
Sans surprise, la Nouvelle-Calédonie concentre plus de la moitié de cet endettement.
Moins d’investissements, plus de charges. Les dépenses d’investissement ont été divisées par deux, atteignant un niveau historiquement bas. Dans le même temps, les charges de fonctionnement continuent d’augmenter (+6,4 %), portées notamment par la gestion de crise. L’épargne brute chute : 10 milliards F CFP en 2024, contre 31 milliards en 2023.
Et ce n’est pas tout : les recettes fiscales baissent de 14 %, les cotisations sociales de 8,6 %. De nombreuses communes peinent à payer leurs fournisseurs, et certaines écoles voient leur trésorerie s’éroder.
Et maintenant ?
Le rapport est sans appel : la crise est loin d’être terminée, et les effets des événements de mai 2024 se font encore sentir en 2025. Moins de recettes, plus de dépenses, une dépendance croissante à l’État : le déséquilibre est profond.
La Chambre appelle à davantage de rigueur, à des réformes urgentes, notamment dans le champ de la protection sociale, et à un pilotage budgétaire renforcé. Mais pour l’instant, personne ne semble prêt à tenir fermement le cap.

