Plus d’un an après les émeutes qui ont bouleversé la Nouvelle-Calédonie en mai 2024, la question des indemnisations continue d’alimenter frustrations et incompréhensions. Plus de 3 480 sinistres ont été déclarés, pour un coût estimé à 942 millions d’euros, soit près de 112 milliards de francs CFP.
Sur ces sinistres, 49 %, soit 1 710, concernent des acteurs économiques. Ces derniers concentrent 95 % du coût total des dommages, avec 38 dossiers représentant à eux seuls 320 millions d’euros.
Pourtant, selon un rapport d’information de l’Assemblée nationale publié en juillet 2025, seuls 296 millions d’euros – environ 35 milliards de francs CFP – auraient été versés à ce jour. « Le décalage entre les annonces et la réalité vécue par les sinistrés nourrit un sentiment d’abandon », relèvent les rapporteurs.
Les assureurs invoquent des circonstances exceptionnelles. Les dégâts représentent, selon l’un d’eux, « l’équivalent de 36 années de résultats nets » pour les compagnies opérant localement. Sur un marché assurantiel collectant environ 200 millions d’euros de primes par an, l’impact a été un véritable séisme. Certaines filiales de groupes métropolitains envisagent même de se retirer du territoire.
Depuis plusieurs années, la garantie « émeutes » n’est plus systématique en outre-mer. « Cette couverture repose uniquement sur des équilibres économiques qui sont aujourd’hui rompus », souligne un expert. Le rapport recommande d’ailleurs aux assureurs de publier les montants accumulés au titre de cette garantie pour « rétablir la confiance par la transparence ».
Les retards s’expliquent aussi par le manque d’experts sur le terrain. « Les cabinets indépendants manquent de moyens et de formation spécifique pour évaluer les pertes complexes », note le rapport. Par ailleurs, les indemnisations pour pertes d’exploitation ne peuvent être déclenchées que si l’activité reprend. Or, de nombreuses entreprises hésitent à relancer leur activité sans visibilité politique.
Autre difficulté : dans 80 % des cas, les compagnies cherchent à engager la responsabilité de l’État. Un recours légitime, mais qui retarde encore les versements.
Au-delà du seul épisode des émeutes, c’est l’assurabilité même du territoire qui est aujourd’hui en question. Le rapport parlementaire appelle à une réflexion urgente sur le maintien d’une couverture des risques adaptée aux réalités locales, qu’il s’agisse de violences urbaines ou de catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes. Car sans filet de sécurité, toute reconstruction économique risque de rester hypothétique.
