L’insurrection du 13 mai 2024 a laissé un champ de ruines. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quatorze vies perdues, 2,2 milliards d’euros de dégâts, entre 700 et 800 entreprises détruites. Les émeutes ont également causé des pertes économiques estimées à au moins 16 % du PIB du territoire, sans même compter l’impact des blocages et de la désorganisation.
Si les flammes se sont éteintes, les cendres continuent de voler, et avec elles, un climat délétère qui gangrène non seulement les entreprises, mais toute la société calédonienne.
Quand des milliers de personnes perdent leur emploi, ce ne sont pas juste des chiffres. C’est une bombe sociale à retardement. Derrière les statistiques, il y a des réalités humaines. Les jeunes Kanak, déjà en marge, seraient les premières victimes
Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 20 décembre, le FLNKS tire la sonnette d’alarme et accuse la crise économique d’avoir ouvert la porte à une véritable chasse aux sorcières.
Le secrétaire général dénonce « la recrudescence ces derniers mois de pratiques discriminatoires dans le monde du travail, ciblant notamment la population kanak, et plus particulièrement sa jeunesse issue des quartiers populaires ». Il signale « l’exclusion de certains travailleurs indépendants des marchés, notamment ceux liés à la démolition ». Dans les entreprises, les licenciements ciblés et les sanctions disciplinaires viseraient également particulièrement les employés kanak.
Alors, qu’en penser ? Laisser une partie de la population sur le bord de la route, c’est approfondir les fractures. C’est fragiliser un tissu social déjà effiloché et risquer de nouvelles tensions demain. Mais reconstruire et réembaucher, c’est aussi un pari : celui du pardon.
Un pari difficile, surtout quand tant de personnes ont perdu leur entreprise, leur maison, leur avenir, et n’y sont pas encore prêtes. Comment avancer sans ignorer les douleurs du passé, mais sans se condamner à rester immobiles ?
Il y a urgence ! Urgence à reconstruire, pas seulement des bâtiments ou des entreprises, mais aussi un avenir commun. Un avenir où chacun, quelle que soit son origine, a sa place. Si nous ne tirons pas les leçons du 13 mai, nous risquons de voir ses tragédies se répéter.
