Une terre, des cultures et de quoi manger, mais peu d’argent : est-ce forcément la misère ? Dans un extrait de « Nation.s », documentaire d’Hélène Magne et Florent Tillon tourné autour du référendum de 2018, un coutumier du Vanuatu interroge notre vision de la richesse. Son propos résonne en Calédonie et soulève une autre question : comment vivre de ses ressources tout en finançant les écoles, les soins et les infrastructures ?
« Nous ne mendions pas d’argent puisque nous n’en avons pas, mais nous avons toujours à manger », explique-t-il. Une façon de remettre en question cette habitude de juger les conditions de vie à partir des revenus, sans toujours regarder ce qui permet de vivre au quotidien.
Une richesse qui ne passe pas à la caisse. La terre, les cultures, la pêche et l’élevage apportent une autonomie que le compte bancaire ne raconte pas. Le coutumier qualifie même la misère de « terme colonial », contestant un regard extérieur qui assimile le manque d’argent au manque de tout.
Son affirmation selon laquelle le Vanuatu n’aurait « pas de PIB » est toutefois inexacte : sa production économique est bien mesurée. Mais le débat dépasse cette erreur. Que disent les chiffres de la possibilité de se nourrir, de disposer d’une terre ou de compter sur les autres ?
L’indépendance derrière le débat. Le coutumier évoque les discours mettant en doute la capacité des habitants du Vanuatu à gérer leurs ressources avant l’indépendance. Il leur oppose d’autres activités : tourisme, agriculture, élevage et pêche.
Le parallèle avec la Kanaky est explicite. Faut-il forcément placer la mine au centre de l’avenir économique ? Envisager d’autres voies est légitime. Encore faut-il expliquer comment elles permettraient de répondre aux besoins de la population.
Car les services ont aussi un coût. Une terre et un champ constituent une richesse réelle. Ils ne financent pas, à eux seuls, un hôpital, une école, une route ou une évacuation sanitaire. Reconnaître la valeur de l’autonomie alimentaire ne dispense donc pas de parler des recettes nécessaires aux services collectifs.
Réduire un pays à son PIB appauvrit le débat. Mais l’autonomie alimentaire ne règle pas toutes les questions économiques. Pour penser l’avenir, il faut parler à la fois de ce qui fait vivre les habitants et de ce qui permet de financer leur pays.

