Deux îlots inhabités, perdus dans le Pacifique, opposent depuis des décennies la France et le Vanuatu. Matthew et Hunter sont rattachées à la Nouvelle-Calédonie depuis 1976. Mais le Vanuatu, devenu indépendant en 1980, les revendique lui aussi. Au-delà de ces terres de moins d’un kilomètre carré, le désaccord porte sur les espaces maritimes qui les entourent.

Les deux pays ont tenté de relancer le dialogue, notamment lors de discussions à Paris en juin dernier, sans parvenir à s’entendre. Le 31 août 2026, le Vanuatu a saisi la Cour internationale de justice. Il lui demande de se prononcer sur la souveraineté des îles et de fixer une frontière maritime avec la Nouvelle-Calédonie. Pour que la Cour puisse trancher ce différend, la France doit toutefois accepter sa compétence. Paris n’a pas renoncé à sa position : les deux îles sont françaises.

Alors, comment sortir de l’impasse ? Dans une analyse publiée par The Conversation, Florian Aumond, maître de conférences en droit public à l’université de Poitiers, propose d’explorer la cogestion. Les deux pays laisseraient leur désaccord sur la souveraineté en suspens, tout en s’accordant sur la gestion des îles et des eaux environnantes : protection de l’environnement, pêche ou encore accès aux sites. Aucun des deux n’aurait à abandonner sa revendication.

La formule a déjà été envisagée ailleurs. La France et Maurice ont signé en 2010 un accord de cogestion pour l’île Tromelin, également disputée. Mais cet accord n’est jamais entré en vigueur, faute de ratification par le Parlement français. Pour Matthew et Hunter, il faudrait en outre concilier des attentes potentiellement différentes, notamment sur la pêche et la protection du milieu naturel.

En Nouvelle-Calédonie, l’idée d’une gestion commune avait déjà été évoquée. En 2021, Louis Mapou, alors président du gouvernement, avait proposé la création d’un « parc de la paix » sur Matthew et Hunter, géré avec le Vanuatu. La proposition de Florian Aumond remet cette piste sur la table, alors que les positions des deux États sur la souveraineté restent inconciliables.

Source : Florian Aumond, « Différend France-Vanuatu sur les îles Matthew et Hunter : l’option de la cogestion », publié dans The Conversation en septembre 2026.