Il y a dix ans, un prénom était devenu le symbole du ras-le-bol face à la violence routière en Nouvelle-Calédonie. Celui de Mathilde Molina, jeune infirmière de 23 ans, percutée à l’Anse-Vata dans la nuit du 19 août 2016. Dix ans plus tard, sa sœur Pauline a souhaité que la Calédonie se souvienne d’elle. Et que son histoire permette aussi de regarder le chemin parcouru sur nos routes.
Cette nuit-là, vers 4 heures du matin, Mathilde est violemment percutée sur la promenade Roger-Laroque, à hauteur du Palm Beach. Le conducteur poursuit sa route. Grièvement blessée, la jeune femme, qui avait travaillé au dispensaire de Poindimié puis au CHT, est évasannée en Métropole. Elle décédera le 3 novembre, sans avoir véritablement repris connaissance.
L’affaire avait bouleversé la Calédonie. Pendant près de trois mois, sa famille multiplie les appels pour retrouver le conducteur. L’émotion dépasse rapidement le seul cadre de ce drame. Après le décès de Mathilde, environ 300 personnes participent à une marche en sa mémoire, mais aussi pour réclamer des routes plus sûres.
Le conducteur et son passager seront finalement interpellés. En 2017, le premier est condamné à six ans de prison ferme pour homicide involontaire et délit de fuite, une peine confirmée en appel l’année suivante. Le second est condamné à huit mois de prison pour non-assistance à personne en danger.
Mais dix ans après, qu’est-ce qui a changé ? En 2016, la mortalité routière avait atteint un niveau dramatique : 51 décès. L’alcool était en cause dans 91 % des accidents mortels et la vitesse excessive ou inadaptée dans près de 69 %. Parmi les victimes à bord d’une voiture ou d’un utilitaire, plus de huit sur dix ne portaient pas leur ceinture.
Depuis, les chiffres ont reculé. En 2025, 34 décès ont été enregistrés, l’un des bilans les moins lourds de la dernière décennie. Une amélioration réelle sur dix ans, même si la situation reste loin d’être satisfaisante.
Une amélioration, oui ; une victoire, pas encore. Le week-end dernier est venu le rappeler brutalement : cinq personnes ont perdu la vie dans deux accidents en l’espace de quelques heures. Un bilan terrible, qui montre combien la situation peut rapidement basculer.
Et les causes, elles, restent tristement familières : alcool, stupéfiants, vitesse, absence de ceinture… Dix ans après le drame de Mathilde, la route tue moins en Nouvelle-Calédonie, mais elle continue de tuer pour des raisons que l’on connaît depuis longtemps.
En 2017, lors d’un hommage organisé un an après l’accident, la maman de Mathilde disait souhaiter que le départ de sa fille « ne soit pas inutile » et que chacun prenne conscience de la nécessité de faire cesser ce fléau.
Dix ans plus tard, rendre hommage à Mathilde, c’est aussi rappeler ce message. Parce que si les chiffres s’améliorent, chaque vie perdue sur la route reste une vie de trop.

