Voilà bientôt trois mois que les aérodromes d’Ouvéa sont bloqués pour s’opposer au transfert des vols vers Tontouta. En réponse, des capitaines ont mis en place des traversées maritimes présentées comme des « transports solidaires », avec un double objectif : permettre aux habitants de continuer à se déplacer et démontrer qu’une autre organisation des transports était possible.
Sur le papier, l’idée avait tout pour convaincre.
Mais trois mois plus tard, le constat est plus nuancé. Pour beaucoup de voyageurs, la traversée s’est révélée plus longue, plus contraignante et souvent plus coûteuse qu’un trajet en avion, une fois additionnés le bateau, les déplacements sur la Grande Terre et les aléas de la mer.
Cette semaine, une réunion entre le Collectif de coordination coutumier IAAI et les capitaines a marqué un tournant. Les coutumiers auraient demandé une baisse des tarifs. Les capitaines ont répondu qu’ils assumaient déjà des coûts, des responsabilités et des risques importants : sécurité des passagers, conditions de navigation, contrôles, amendes, saisie du bateau ou encore poursuites pénales.
Puis est venue une proposition qui résume peut-être à elle seule l’évolution de cette crise : demander une aide financière à la Province pour permettre à ces traversées de continuer.
Et c’est sans doute là que le débat change de nature.
Au départ, il s’agissait de prouver qu’une alternative au système existant pouvait fonctionner. Trois mois plus tard, cette alternative pose à son tour la question de son financement. Autrement dit, une initiative née pour contourner un dispositif public pourrait finalement avoir besoin… de l’argent public pour survivre.
Au fond, cette réunion rappelle une réalité que l’on oublie souvent : un réseau de transport ne se résume pas à des bateaux ou à des avions. Il faut aussi un modèle économique, un cadre réglementaire, des financements et une organisation capables de durer. Les bonnes intentions permettent de démarrer. Elles ne suffisent pas toujours à faire fonctionner un service dans le temps.

