Encore un document qui circule, encore un « protocole historique », encore un texte censé régler à lui seul la crise du transport aérien vers les îles et le retour imminent d’Air Calédonie à Magenta. Cette fois, le texte présenté à Ouvéa va très loin.
À première vue, tout y est. Logos institutionnels, intitulés officiels, grands principes, engagements financiers, audit indépendant, refondation de la compagnie, retour obligatoire à Magenta, nouvelle gouvernance, modernisation des aérodromes, comité de suivi… Le document est rédigé comme un véritable accord politique et administratif.
Le protocole développe ensuite une longue série de « considérants » justifiant ces demandes. Le texte rappelle notamment la résolution adoptée le 20 février 2026 par le Congrès demandant au gouvernement et à l’ADANC de maintenir les vols à Magenta. Il évoque également la décision unilatérale du transfert vers La Tontouta, jugée prise sans concertation préalable avec les populations concernées.
Mais certaines mesures relèvent davantage du manifeste politique que du protocole juridiquement crédible.
La fameuse « redevance coutumière de toucher » de 900 francs CFP par passager, portée à 5 000 francs pour les militaires, suffirait déjà à déclencher quelques sueurs froides dans plusieurs bureaux administratifs. Sans parler des engagements budgétaires imposés au gouvernement et au Congrès, des orientations opérationnelles données à Air Calédonie ou encore des injonctions adressées à l’État.
Le plus frappant reste sans doute la manière dont les institutions sont intégrées au document. Être cité dans la rubrique « entre les soussignés » ne signifie évidemment pas que le document a été validé, ni même qu’il est sur le point de l’être.
Et pourtant, à force de logos, de formulations officielles et d’annonces spectaculaires, certains en arrivent déjà à attendre un hypothétique « retour du document signé », comme si tout avait réellement été entériné.
Et c’est précisément là que la prudence s’impose.
Pendant ce temps, les usagers, eux, continuent surtout d’attendre quelque chose d’apparemment beaucoup plus compliqué en Nouvelle-Calédonie : des avions qui décollent normalement.

