La charge est directe, assumée, et s’inscrit dans une tension désormais régulière entre la presse nationale et les responsables politiques calédoniens. Après un nouvel article publié par Le Monde, consacré à la gestion de la Province Sud, la riposte de la présidente Sonia Backès n’a pas tardé. Et elle se veut méthodique.
Dès les premières lignes, le ton est donné, avec une référence au Général de Gaulle : « Dans Le Monde, tout est faux, même la date ». Une manière de contester frontalement la crédibilité du journal, accusé de proposer un récit « à charge », fondé sur une lecture partielle des faits.
L’article du quotidien met en avant un contraste qui structure son analyse : d’un côté, un durcissement des politiques sociales engagé après les émeutes de 2024 ; de l’autre, une situation budgétaire présentée comme moins dégradée qu’annoncée, avec un excédent en fin d’exercice. Le traitement insiste sur la réduction ou la suppression de certaines aides, susceptibles d’avoir affecté les publics les plus fragiles, tout en suggérant que ces choix auraient été disproportionnés au regard des résultats financiers.
C’est précisément cette lecture que conteste Sonia Backès. Selon elle, l’analyse du Monde repose sur une vision tronquée de la réalité budgétaire et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, ignorant à la fois les contraintes structurelles et les politiques concrètes mises en œuvre.
Dans sa réponse, la présidente de la Province Sud choisit d’opposer à l’angle critique une série d’exemples concrets, en insistant sur leur ampleur et leur spécificité.
Elle rappelle que les bourses scolaires restent largement accessibles, met en avant le dispositif SudPro et ses 1,7 milliard de francs injectés dans les petites entreprises, ainsi que SudJeunes dédié à l’insertion professionnelle, non sans établir des comparaisons avec d’autres provinces.Elle souligne également les politiques de santé visant à renforcer l’attractivité médicale, les dispositifs de solidarité comme SudSolidarité, mais aussi un niveau d’investissement soutenu, des délais de paiement rapides aux entreprises, des aides à la sécurisation et un renforcement des moyens humains dans les établissements scolaires.
Au-delà de cet inventaire, Sonia Backès développe un argument plus structurel. Elle pointe une répartition des ressources qu’elle juge défavorable à la Province Sud, qui percevrait moins de moyens par habitant que le Nord et les Îles, tout en concentrant une part importante de l’activité économique.
Enfin, elle met en avant un élément politique : le budget de la Province Sud a été adopté à l’unanimité, sans opposition. Pour elle, ce consensus illustre un décalage entre les critiques exprimées dans la presse et la réalité des débats institutionnels.
Dans le même temps, sur le terrain des finances publiques, Philippe Blaise apporte une lecture complémentaire. Il rappelle la forte contraction des recettes fiscales depuis les émeutes de 2024 et souligne le rôle déterminant du soutien exceptionnel de l’État dans le maintien de l’équilibre budgétaire. Une réalité qui, selon lui, vient nuancer l’interprétation d’un excédent obtenu au détriment des politiques sociales.
En filigrane, la critique adressée au Monde dépasse le seul contenu de l’article. Elle vise une méthode jugée déséquilibrée, ne restituant pas l’ensemble des paramètres locaux. Cet échange illustre ainsi une fracture persistante entre lecture nationale et perception locale des enjeux calédoniens.
