Une nouvelle demande de protection du marché des glaces est actuellement à l’étude en Nouvelle-Calédonie. Portée par la société Switi, elle pourrait restreindre une partie importante des importations, notamment régionales. Et poser, une fois de plus, la même question : jusqu’où faut-il protéger un marché… et à quel prix pour le consommateur ?

Depuis le 18 mars 2026, la DECAT instruit ce dossier. Il s’agit d’une demande de renouvellement à l’identique des mesures de régulation déjà en vigueur. Une consultation des professionnels est en cours jusqu’au 17 avril.

Portée par la société Switi, qui pourrait être rejointe par un autre producteur, la demande vise à fermer totalement le segment clé du marché, celui des glaces vendues entre 1 et 2 litres, soit le cœur de la consommation, pour une durée pouvant aller jusqu’à dix ans.
Elle cible en priorité les produits hors Union européenne, autrement dit ceux de notre environnement régional. Une orientation qui interroge, au moment même où l’on parle d’intégration dans le Pacifique.

Sur le plan économique, le raisonnement laisse perplexe. Les glaces hors CEE sont déjà soumises à 15 % de droits de douane, contrairement aux produits européens, sans être particulièrement moins chères. Restreindre davantage ces importations reviendrait donc à écarter une concurrence déjà désavantagée. D’autant que ce type de mesure ciblant spécifiquement le hors CEE reste rare.

Le dossier prend une dimension particulière au regard de l’histoire de l’entreprise. Il y a plus de vingt ans, des protections similaires avaient été mises en place pour empêcher l’entreprise Switi, alors basée au Vanuatu, d’accéder au marché calédonien.

Depuis, l’entreprise s’est implantée localement et a bénéficié, selon les données disponibles, de deux dispositifs de défiscalisation pour le même outil industriel : d’abord pour son installation à Ducos, puis lors de son transfert à Païta. À chaque sortie de dispositif, l’entreprise a été cédée, jusqu’à une revente récente à un nouvel opérateur.

Dans le même temps, le secteur est déjà largement encadré. Les glaces importées supportent une TGC de 22 %, contre 3 % pour les productions locales, soit un avantage de 19 points. À cela s’ajoute la taxe sur le sucre, qui renchérit encore ces produits.

Au final, le consommateur cumule les contraintes : des prix déjà élevés, une fiscalité lourde, et demain peut-être moins de choix. Une équation de plus en plus difficile à avaler, alors que certains produits ont déjà nettement augmenté ces dernières années.

Derrière ce dossier, une question revient : jusqu’où faut-il protéger la production locale… et à quel moment cela se fait au détriment du consommateur ?

La réponse n’est pas encore connue. Mais une chose est sûre : en Nouvelle-Calédonie, même les glaces deviennent un enjeu économique… et politique.