[BILLET D’HUMEUR] Alors que la crise d’Air Calédonie alimente les critiques contre le gouvernement, un détail semble échapper à certains : difficile de faire voler des avions… quand les pistes sont bloquées.

Une publication sur les réseaux, signée la nation de Kanaky a récemment retenu toute notre attention. Ton alarmiste, indignation affichée, mise en cause directe du gouvernement : tout y est pour dénoncer l’arrêt du trafic aérien intérieur. À lire ce message, on croirait presque que la situation est née d’une décision soudaine, imposée sans explication.

Étrange raccourci. Car la question du transfert d’une partie de l’activité de Magenta vers La Tontouta ne date pas d’hier. Cela fait des années que le sujet est sur la table, notamment en raison du coût de deux structures aéroportuaires complètes à quelques kilomètres l’une de l’autre. Rien de nouveau, sinon peut-être la manière de le raconter aujourd’hui.

Autre élément passé sous silence : les échanges qui ont bien eu lieu. Le président du gouvernement s’est déplacé dans les îles pour expliquer cette orientation lors de réunions publiques. Des chefs coutumiers ont également été reçus à Nouméa. On peut juger ces démarches insuffisantes, mais difficile de prétendre qu’il n’y a eu ni dialogue ni explication.

Dans le même temps, le texte dénonce la paralysie du transport aérien intérieur. Or un fait reste incontournable : lorsque les aérodromes sont bloqués, aucun avion ne peut décoller. Sans accès aux pistes, il n’y a tout simplement plus de rotations. Et ni les communiqués ni les postures ne changent cette réalité.

C’est là que le discours devient difficile à suivre. On ne peut pas se poser en défenseur des habitants des îles, dénoncer leur isolement et, dans le même temps, participer au blocage des infrastructures qui permettent justement de maintenir les liaisons. Une forme de grand écart qui finit par interroger.

Le débat sur l’avenir d’Air Calédonie est légitime. Mais encore faut-il ne pas fabriquer la crise que l’on dénonce. Car pendant ce temps, les habitants des îles attendent surtout une chose, beaucoup plus concrète : que les avions puissent redécoller. Mais pour cela, il faut laisser les pistes ouvertes.