[BILLET D’HUMEUR] À quelques jours des municipales, une lettre adressée au haut-commissaire pour alerter sur l’organisation du vote pose question. Simple vigilance démocratique ou préparation d’un futur argumentaire pour contester les résultats si les urnes se révélaient décevantes ?
À dix jours du scrutin municipal, certains candidats à Nouméa pourraient déjà préparer l’après. Non pas celui de la victoire, mais celui de la contestation.
La lettre adressée au haut-commissaire par la tête de liste de « Nouméa Cœur Battant » en donne un aperçu assez clair. Sur plusieurs pages, le courrier aligne références constitutionnelles, décisions du Conseil d’État et considérations sur la « sincérité du scrutin ». Un vocabulaire qui, dans le droit électoral, n’est jamais neutre.
Officiellement, il s’agit d’alerter sur l’organisation matérielle du vote. Le regroupement de bureaux, les déplacements des électeurs, l’absence de bus le dimanche ou encore le contexte social sont ainsi évoqués. L’objectif affiché est de garantir l’accès au vote et l’égalité entre électeurs.
Mais à la lecture attentive du texte, difficile de ne pas y voir autre chose : la construction méthodique d’un argumentaire qui pourrait, le moment venu, servir à contester les résultats.
Car tout y est déjà. L’identification de quartiers précis, l’évocation d’une participation fragilisée, la description de conditions supposées dissuasives pour certains électeurs, et surtout la multiplication des références juridiques sur l’annulation possible d’une élection si les circonstances ont pu influencer la participation.
En politique, ce type de démarche est loin d’être inédit. Avant même que les électeurs ne se rendent aux urnes, on commence parfois à poser les jalons d’un futur recours. Une manière, aussi, de préparer l’opinion à l’idée que si le résultat ne correspond pas aux attentes, ce ne sera peut-être pas uniquement la faute des urnes.
La réponse du haut-commissariat n’est pas encore connue. Les électeurs parleront le 15 mars. Mais à lire certains courriers, le troisième tour semble déjà dans toutes les têtes.
