[BILLET D’HUMEUR] À peine réélu à la tête de l’Union calédonienne, Emmanuel Tjibaou a reaffirmé sa ligne. Dans une interview accordée à NC la 1ère, le député indépendantiste insiste : il faut dissocier les discussions institutionnelles du plan de relance économique. Autrement dit, parler de l’avenir du pays sans pression financière.

L’idée est simple. L’argent de l’État relèverait de la solidarité nationale. Le débat politique, lui, devrait se tenir sans condition. Pas question, selon Emmanuel Tjibaou, de “signer sous la contrainte” parce que la situation économique est dégradée.

Le problème, c’est que cette dissociation pose une question tout aussi simple : pourquoi la France ferait-elle cela ?
Pourquoi continuer à financer massivement un territoire pendant que certains de ses responsables politiques expliquent qu’ils travaillent à s’en détacher ? Pourquoi soutenir l’économie, l’emploi et les services publics, tout en acceptant de n’avoir aucun levier sur le débat institutionnel ?

La réponse de l’UC tient en quelques mots : on est Français, même en étant indépendantiste. À ce titre, la solidarité nationale ne se négocie pas. L’État doit assumer ses engagements, sans condition politique.

Sauf que dans « la vraie vie », la solidarité n’est jamais totalement abstraite. L’argent public s’inscrit toujours dans une relation politique. Il suppose un cadre, une stabilité, des perspectives. Faire comme si l’économie et l’institutionnel pouvaient avancer chacun de leur côté relève davantage du discours que de la pratique.

D’autant que la position indépendantiste n’est pas exempte de zones grises. Emmanuel Tjibaou a signé le document de Bougival en juillet 2025, avant que le FLNKS ne s’en désolidarise. Il appelle aujourd’hui à poursuivre les discussions, tout en rejetant l’accord Élysée-Oudinot signé sans les indépendantistes. On discute, mais pas comme ça. Pas maintenant. Pas avec ces règles.

Une posture confortable politiquement : débattre tranquillement de l’indépendance, sans pression ni urgence, pendant que la France continue de financer la stabilité économique.
Elle est pas belle, la vie ?