Alors que l’Assemblée nationale vient d’adopter ce mardi 27 janvier la loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans et l’utilisation des téléphones portables dans les lycées, la question de son application en Nouvelle-Calédonie se pose.

À Paris, ce vote est présenté comme une réponse à une inquiétude largement partagée par de nombreuses familles : celle de voir des enfants et des adolescents de plus en plus dépendants des écrans, exposés très tôt à des contenus violents ou inadaptés, et soumis à une pression constante sur les réseaux sociaux. L’objectif affiché est de mieux protéger la santé mentale des jeunes et de limiter l’impact des écrans sur leur quotidien.

Cette préoccupation n’est pas propre à la métropole. En Nouvelle-Calédonie aussi, parents, enseignants et professionnels de santé alertent sur la surexposition aux écrans, le cyberharcèlement et les effets des réseaux sociaux sur les jeunes. Le problème est bien réel.

La question n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle. Lors des émeutes de mai 2024, l’État avait décidé de bloquer temporairement l’accès à TikTok en Nouvelle-Calédonie, estimant que la plateforme contribuait à la diffusion de contenus violents et à l’amplification des tensions. Une mesure exceptionnelle, prise dans un contexte de crise, qui avait déjà relancé le débat sur le rôle des réseaux sociaux et sur la capacité des pouvoirs publics à en restreindre l’usage.

Pour autant, la transposition d’une telle mesure interroge. Le téléphone portable n’est pas seulement un outil de loisir. Il joue souvent un rôle central dans l’organisation familiale, la communication et parfois même dans le suivi scolaire, dans un contexte où l’accès aux équipements numériques reste inégal et particulièrement coûteux. Appliquer une interdiction uniforme, sans tenir compte des spécificités locales, pose la question de son efficacité.

L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans soulève le même paradoxe. Comme ailleurs, les jeunes calédoniens sauront contourner les règles. Le risque est alors de déplacer les usages vers des pratiques moins visibles, sans accompagnement ni encadrement, plutôt que de les réduire réellement.

Se pose enfin la question de la mise en œuvre. Comment contrôler l’âge des utilisateurs sur les plateformes, et avec quels moyens ? Comment faire respecter l’interdiction des téléphones dans des lycées déjà confrontés à des réalités sociales et matérielles complexes ? Sans réponses claires, la loi pourrait rester largement symbolique.

En Nouvelle-Calédonie, l’enjeu semble donc moins être celui de l’interdiction que celui de l’accompagnement. Informer, éduquer et responsabiliser apparaissent comme des leviers plus durables pour protéger la jeunesse, à condition de partir des réalités du territoire et non d’un cadre pensé uniquement depuis la métropole.