Alors que la Nouvelle-Calédonie fait face à de lourds défis économiques, un vif échange oppose le syndicat des importateurs et la fédération des industriels locaux. Deux communiqués publiés à quelques jours d’intervalle révèlent des visions opposées sur les politiques de régulation du marché, la formation des prix et le modèle économique à privilégier pour l’avenir du territoire.

Le 2 avril, le Syndicat des Importateurs et Distributeurs de Nouvelle-Calédonie (SIDNC) publiait un communiqué intitulé « L’ancre qui empêche la Nouvelle-Calédonie de progresser ». Il y critiquait les mécanismes de protection du marché, comme les taxes et les restrictions à l’importation (TRM, TSPA, quotas), estimant qu’ils pénalisaient le pouvoir d’achat des consommateurs sans garantir un développement industriel efficace.

Selon le SIDNC, ces politiques, mises en place depuis les années 1980, auraient conduit à des prix artificiellement élevés, sans bénéfices suffisants pour justifier l’investissement collectif. Le syndicat s’interroge : « Ces politiques ne servent-elles qu’à maintenir des rentes et des avantages aux dépens de toute une population ? »

En réaction, le 8 avril, la Fédération des Entreprises et des Industries de Nouvelle-Calédonie (FEINC) publie un communiqué intitulé « Quand l’hôpital se moque de la charité ! », dans lequel elle conteste fermement les accusations portées par le SIDNC. Elle reproche notamment à ce dernier de ne pas étayer ses propos par des données chiffrées.

La FEINC met en avant des chiffres issus de l’ISEE : en 2022, le commerce de gros et l’importation auraient capté 202 milliards de pouvoir d’achat, tout en n’employant que 2 747 salariés, contre 6 587 pour l’industrie de transformation (hors nickel). Elle souligne également que seuls 31 % des montants captés par l’importation profiteraient à l’économie locale.

Le communiqué de la FEINC insiste aussi sur les pratiques commerciales mises en œuvre dans la distribution, qu’elle considère comme un facteur clé dans les écarts de prix constatés sur certains produits. À titre d’exemple, elle cite une même boîte de Nescafé 200g, vendue à 915 F CFP dans un magasin, et jusqu’à 1 434 F CFP dans d’autres enseignes.

Enfin, la FEINC rappelle que seuls 5,51 % des produits présents sur le marché calédonien sont concernés par une mesure de régulation de marché, incluant à la fois les produits importés et locaux.

Ce double échange met en lumière des intérêts économiques divergents, à un moment où le territoire traverse une conjoncture économique difficile. Pour l’heure, aucun arbitrage n’a été annoncé, mais le débat semble relancé autour de l’équilibre à trouver entre soutien à la production locale et libre concurrence.

En attendant, la vie chère continue de peser lourd sur les ménages calédoniens : les prix sont en moyenne 31 % plus élevés qu’en métropole, avec des écarts allant jusqu’à 78 % pour l’alimentation et 77 % pour les services comme la restauration ou l’hôtellerie.