La situation sanitaire en Calédonie se dégrade, mettant en péril la vie des plus vulnérables. Les routes sont bloquées, le Médipôle assiégé, et la justice républicaine en action ! Mais, jusqu’où irons-nous pour masquer les conséquences de ces actes ? C’est la question que se pose un médecin du Médipôle

Les routes sont à nouveau bloquées car la justice républicaine a incarcéré une poignée de personnes potentiellement responsables de neuf morts directes, d’innombrables morts indirectes, de la perte de milliers d’emplois et plus de 1,5 milliard de francs de dégâts matériels (pour l’instant).

Le Médipôle est à nouveau pris en siège et les personnels sont invités à venir en bateau et à rester 48 heures sur place. Quels efforts n’aura-t-on pas demandés aux personnes de bonne volonté ? Jusqu’à quel point faudra-t-il qu’elles offrent de leur personne ? Quels risques ne devront-elles pas prendre pour continuer à faire croire que la situation est sans conséquence ?

La réalité, c’est que l’hôpital a tourné pendant un mois comme il tourne habituellement le week-end. Les dossiers ne sont pas suivis, il n’y a pas de réunion pour discuter des cas. Pas de continuité des soins. Les soins sont dégradés en quantité mais aussi en qualité. Seuls les soins « urgents » sont assurés. Mais le caractère urgent devient tout relatif. En effet, les brûlés à base de cocktail molotov, les chutes de pick-up sont bien pris en charge. Mais qu’en est-il du patient avec son cancer qui attend sa chimiothérapie ? Quelle urgence pour cette personne âgée qui ne marche plus du fait de sa hanche douloureuse et qui va mourir de grabatisation ? La minorité silencieuse est, comme d’habitude, en première ligne.

On entend beaucoup de bruit sur l’indignation face à une justice qualifiée de coloniale. Où est cette même indignation face à l’intolérable situation sanitaire que vit la Calédonie ? Des manifestations pour libérer de potentiels criminels sont organisées, mais pas pour protester contre la mort à petit feu d’une population.

La surmortalité liée à cette crise sera facile à calculer en comparant la mortalité des mois de mai-juin 2023 à ceux de mai-juin 2024. La DASS osera-t-elle produire de tels chiffres ? Osera-t-on mettre les manifestants face aux conséquences de leurs actes ?

Si ces chiffres ne sont pas publiés, qui interrogera la DASS sur son silence ? À la fin, ce sont les populations les plus pauvres et les plus malades qui payeront l’addition, et donc les populations kanak en premier. Personne parmi les indépendantistes ne semble pressé d’expliquer cela à leurs partisans.

Hier encore, nous avons eu l’exemple d’un jeune homme qui est vraisemblablement mort d’une maladie dont on ne meurt plus en 2024. On peut au moins penser qu’il aurait eu toutes ses chances de survie s’il avait pu avoir accès aux soins que la République offre à ses citoyens sans distinction de couleur de peau, d’origine ou de casier judiciaire.

Le silence face à cette crise sanitaire et humanitaire est intolérable. Il est temps de reconnaître les conséquences réelles des actes de chacun et d’agir pour protéger la vie et la dignité des citoyens calédoniens les plus vulnérables.

Un médecin du Médipôle
Pour Radio cocotier