Alors que la vie chère reste l’une des principales préoccupations des Calédoniens, le dernier véritable coup de pouce accordé au salaire minimum garanti remonte à 2012. Depuis quatorze ans, le SMG se contente de suivre l’inflation, pendant que le coût de la vie continue de grimper. Une situation qui pose une question simple : le salaire minimum remplit-il encore son rôle ?
Depuis 2012, le SMG évolue essentiellement au rythme de son mécanisme d’indexation sur l’inflation. Autrement dit, il ne s’agit pas de donner davantage de pouvoir d’achat aux salariés les plus modestes, mais simplement d’éviter que celui-ci ne soit davantage érodé par la hausse des prix.
Aujourd’hui fixé à 167 602 francs brut par mois, le SMG représente environ 140 000 francs nets, selon la situation du salarié. Une somme avec laquelle il faut payer le logement, l’alimentation, l’électricité, les assurances, le carburant, les dépenses de santé et toutes les charges du quotidien.
Le problème, c’est que la vie ne se résume pas à un indice. Le loyer n’est pas indexé sur le SMG. Les assurances non plus. Les courses encore moins. L’électricité, le carburant, les fournitures scolaires ou les loisirs des enfants n’attendent pas une revalorisation du salaire minimum pour augmenter.
Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur du problème. Selon l’Isee, les prix sont en moyenne 31 % plus élevés qu’en métropole. L’écart atteint 78 % pour l’alimentation et 30 % pour le logement. Entre 2021 et 2024, les produits alimentaires ont encore augmenté de près de 20 %.
Dans ces conditions, les revalorisations automatiques du salaire minimum ne permettent plus de gagner en pouvoir d’achat. Elles limitent simplement la casse. Pendant que les dépenses du quotidien continuent d’augmenter, les salariés rémunérés au minimum voient leur niveau de vie reculer et doivent faire toujours plus de sacrifices pour boucler leurs fins de mois.
Depuis quatorze ans, les gouvernements passent, les majorités changent et les promesses sur la vie chère se succèdent. Les syndicats aussi semblent avoir tourné la page. Depuis la grande mobilisation contre la vie chère en 2013, plus personne ne semble porter le débat d’un nouveau coup de pouce au SMG.
Pour un salarié rémunéré au SMG, une journée de travail représente environ 6 000 francs nets. Est-ce vraiment la valeur que notre société accorde à ceux qui font tourner les commerces, les restaurants, les stations-service, les exploitations agricoles, les entreprises de nettoyage ou les services à la personne ?
Personne n’ignore les difficultés des entreprises, particulièrement depuis la crise de 2024. Il ne s’agit pas d’opposer employeurs et salariés. Mais si les entreprises ne peuvent pas payer davantage, si les salariés voient leur pouvoir d’achat s’éroder et si les pouvoirs publics se contentent de l’indexation, alors le moment n’est-il pas venu de rouvrir le débat ?
Car au fond, le vrai débat n’est pas celui du SMG. Il est de savoir si, en Nouvelle-Calédonie, travailler à temps plein doit encore permettre de vivre correctement. Depuis quatorze ans, personne n’a véritablement voulu répondre à cette question. Pourtant, plus le temps passe, plus elle devient incontournable. Quel gouvernement osera enfin rouvrir ce dossier ?

