L’exploitation du nickel a laissé une empreinte durable sur le lagon de Thio. C’est la conclusion d’une étude publiée par l’Ifremer et plusieurs organismes de recherche, qui se sont penchés sur l’évolution de cet écosystème au cours du dernier millénaire.
Le site de Thio n’a pas été choisi au hasard. Il s’agit du premier secteur minier exploité en Nouvelle-Calédonie et son bassin versant est relativement peu marqué par l’urbanisation ou l’agriculture, ce qui a permis aux scientifiques de mesurer plus précisément l’impact de l’activité minière sur le milieu marin.
Pour remonter le temps, les chercheurs ont analysé une carotte de sédiments prélevée dans le lagon. Grâce à l’étude de l’ADN ancien conservé dans ces dépôts naturels, ils ont pu reconstituer l’évolution de la biodiversité sur près de 1 000 ans.
Leurs travaux montrent qu’un changement majeur intervient à partir des années 1950, lorsque l’exploitation minière se mécanise. L’érosion des sols s’accélère alors fortement et d’importantes quantités de terres chargées en nickel sont entraînées vers le lagon par les cours d’eau. Entre 1950 et 1975, environ 27 millions de tonnes de stériles miniers ont été déversées dans le bassin versant de Thio.
Cette arrivée massive de sédiments a profondément modifié la vie microscopique qui constitue la base de la chaîne alimentaire marine. Certaines espèces sensibles ont disparu tandis que d’autres, plus résistantes aux perturbations, ont pris leur place. Les chercheurs estiment que cet appauvrissement de la biodiversité a eu des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème côtier.
Si les mesures environnementales mises en œuvre à partir des années 1970 ont permis de réduire les apports directement liés à l’activité minière, les effets du passé restent visibles. Le lagon reçoit encore aujourd’hui beaucoup plus de sédiments qu’avant le développement de l’exploitation du nickel, notamment en raison de l’érosion persistante des sols. Les chercheurs cherchent désormais à mieux comprendre l’influence d’autres facteurs, comme les incendies de végétation, sur ce phénomène.
Au-delà du cas de Thio, cette étude rappelle que ce qui se passe sur terre a des conséquences directes sur le milieu marin. Les chercheurs appellent ainsi à renforcer le suivi des écosystèmes côtiers afin de mieux comprendre leur capacité à se reconstruire face aux activités humaines.
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Photo : Robin Queré Ifremer
