À trois jours de l’examen au Sénat du projet d’ouverture du corps électoral provincial, le FLNKS accuse l’État français de fragiliser les équilibres issus des accords de Matignon et de Nouméa. Dans un communiqué publié ce vendredi 15 mai, le mouvement indépendantiste dénonce un « scandale d’État » autour de la gestion des listes électorales et refuse toute modification imposée avant les élections provinciales prévues le 28 juin.

Le Front indépendantiste estime que les difficultés récurrentes liées aux listes spéciales traduisent « une défaillance grave de l’État dans sa mission de garant du processus de décolonisation ».
Le texte accuse Paris de n’avoir jamais réussi, depuis plusieurs décennies, à sécuriser durablement le dispositif électoral sans provoquer contestations, exclusions ou incertitudes juridiques.

Le FLNKS considère également que cette situation demeure « profondément anti-démocratique » au regard des engagements pris par la France devant les Nations unies.
Le mouvement rappelle également que le territoire figure toujours sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU. Le FLNKS s’appuie notamment sur une résolution adoptée en 1980 par les Nations unies, qui demande à la France d’éviter tout déséquilibre démographique pouvant placer le peuple autochtone en minorité pendant le processus de décolonisation.

Pour le FLNKS, le corps électoral restreint ne constitue pas une anomalie démocratique mais « une garantie politique et constitutionnelle nécessaire » directement liée à la reconnaissance du peuple kanak dans l’accord de Nouméa.

Dans son communiqué, le Front estime qu’aucun consensus politique n’existe aujourd’hui autour d’un éventuel dégel du corps électoral provincial. Il considère qu’une réforme décidée unilatéralement par l’État reviendrait à remettre en cause « la méthode consensuelle » construite depuis les accords de 1988.

Malgré ses critiques, le FLNKS insiste sur la nécessité de maintenir les élections provinciales dans les délais prévus. Le mouvement affirme qu’elles doivent impérativement se tenir « en temps et en heure », au plus tard le 28 juin 2026, afin de préserver la continuité institutionnelle et la légitimité des institutions calédoniennes.
Le texte appelle enfin l’État à « renoncer à toute logique de passage en force » et à respecter les engagements historiques, constitutionnels et internationaux encadrant le processus de décolonisation.

Ce positionnement intervient alors que le projet d’élargissement du corps électoral aux natifs et aux conjoints d’électeurs doit être examiné lundi au Sénat avant son passage à l’Assemblée nationale dans la semaine.

Le parti poursuit également ses discussions internes autour de la composition des futures listes. Si aucune tête de file n’a encore été annoncée, le mouvement travaille sur une stratégie d’ouverture, particulièrement en province Sud. L’objectif affiché est d’élargir les alliances vers des profils ou mouvements considérés comme progressistes et centristes, tout en maintenant une ligne de rupture avec les partis anti-indépendantistes actuellement aux responsabilités dans la collectivité.