L’ambiance se tend entre le gouvernement et la Direction diocésaine de l’enseignement catholique (DDEC). Dans un courrier adressé au directeur diocésain Manoël Van Aerschodt, la membre du gouvernement Isabelle Champmoreau recadre sèchement l’institution après la fermeture décidée des cantines scolaires du privé.

Tout en réaffirmant « le soutien de la Nouvelle-Calédonie aux enseignements privés », elle appelle la DDEC à « plus de responsabilité » et dénonce des accusations « injustifiées » de désintérêt ou d’inaction des responsables politiques.

400 millions votés, mais les cantines fermées

Le 30 octobre, le Congrès a voté une aide exceptionnelle de 400 millions de francs pour venir en soutien aux internats et cantines du privé. Une bouffée d’oxygène censée apaiser les tensions… mais qui n’a visiblement pas suffi à éviter le bras de fer.

Cette enveloppe, répartie entre la DDEC, la FELP et l’EPKNC au prorata du nombre d’élèves demi-pensionnaires, devrait profiter à 75 % au réseau catholique.
« Je vous demande de rouvrir les cantines », insiste Isabelle Champmoreau, rappelant que les contributions publiques pour les lycées et collèges ont déjà été versées et que les personnels sont rémunérés.

Bataille de chiffres et coup de règle sur les doigts

La DDEC évoquait un manque de financement de 630 millions de francs. Faux, répond la membre du gouvernement, chiffres à l’appui : 133,9 millions pour 2024 et 279,7 millions pour 2025 seraient les montants réels du non-versement des collectivités.
Selon elle, le chiffre avancé par la DDEC inclut des dépenses de fonctionnement « que les collectivités n’ont pas à compenser ».

Et de rappeler que pour 2025, le total des financements publics destinés au privé atteint plus de 16 milliards de francs, dont 13,7 milliards pour la rémunération des enseignants et 542 millions pour les cantines et internats des lycées. « Ce soutien exceptionnel montre bien la mobilisation des élus », souligne-t-elle.

Un plan sur cinq ans pour la DDEC

Isabelle Champmoreau annonce la mise en place d’une étude indépendante financée par la Nouvelle-Calédonie pour repenser l’organisation de la DDEC sur cinq ans. Objectif : garantir sa viabilité dans un contexte de baisse des effectifs et de tensions budgétaires.

Le gouvernement estime que le territoire pourrait perdre 4 000 élèves du primaire d’ici 2030, conséquence directe de la baisse de la natalité et du départ de nombreuses familles. Une réorganisation des réseaux publics et privés est donc jugée inévitable.

Vers une réforme du financement des cantines

La membre du gouvernement confirme aussi qu’une révision de la délibération n°360 est en cours. Ce texte, adopté en 2023, encadre la participation des collectivités au financement des cantines et internats du privé.
Une réforme sera finalisée en 2025, avec une réévaluation des taux de prise en charge pour 2026 et une hausse annoncée du forfait d’externat.

Elle salue au passage le rôle de la Province Sud, et notamment de son vice-président Gil Brial, pour la mise en œuvre du dispositif de prise en charge communale.

Un appel à redescendre la pression

« Les familles et les enfants calédoniens ne peuvent pas être plus longtemps les victimes de cette situation », conclut Isabelle Champmoreau. Tout en réaffirmant son attachement au dialogue, elle appelle la DDEC à « rouvrir sans délai les cantines dans tous les établissements » et à reprendre le chemin du travail collectif.

Un rappel à l’ordre ferme, dans un dossier où l’éducation, la politique et la gestion budgétaire se mêlent de plus en plus… avec des assiettes restées vides au milieu.